arronnes: patrimoine

    l'église saint léger

    La vallée du Sichon était jadis un lieu de passage très fréquenté. L'abbaye de Cluny y avait installé le prieuré d'Arronnes, et celui de Saint-Priest-La-Prugne, afin d'hospitaliser et secourir les voyageurs désirant se rendre de Cusset en Forez. L'église saint Léger, du XIème siècle, est l'unique témoin de cette époque. Un clocher carré domine la façade, présentant, sur sa face occidentale, trois baies en plein cintre à double rouleau, dont les deux latérales sont aveugles.

    Un cordon chanfreiné contourne les fenêtres des murs gouttereaux des bas-côtés, et des modillons à copeaux soutiennent les corniches. Dans le haut du pignon qui s'élève en avant de l'abside, un grand arc en plein cintre, placé au niveau du berceau de la nef, est flanqué de deux arcs plus petits, de la hauteur des collatéraux. L'édifice est sans doute conçu avec un transept et un chevet, qui ont été reconstruits avec des matériaux de récupération. Classée Monument Historique en 1927.

    Le portail, en retrait sous un arc cintré taillé dans un calcaire très blanc, est décoré en damier. Suivant un dispositif fréquent dans le Berry et dans le Poitou, deux arcades aveugles avec niches encadrent la porte. Ces dernières renferment les statues des deux saints patrons de la paroisse: saint Léger et saint Pierre.

    Des chapiteaux (XIIème siècle) ornent les colonnettes du porche de l'église. Très usés, ils sont sculptés, assez grossièrement, de palmettes d'une part, de chiens qui se retournent pour se mordre la queue d'autre part.

    Un morceau de marbre blanc apparaît sur un pilier du portail. Il signifie qu'ici se dressait un temple Romain. Plus bas, la tête sculptée que l'on peut admirer sur le côté de l'église est une copie à l'identique. L'originale, abîmée et fragilisée par le temps et les conditions climatiques, se trouve à la maison Gamet.

    Saint Pierre (XVIIème siècle) se tient debout, légèrement déhanché. Il présente de sa main gauche les clefs du royaume des Cieux, l'un de ses attributs caractéristiques. De sa main droite, il désigne son coeur, comme pour s'accuser et, à ses pieds, un coq tourne la tête vers lui. Le reniement de Pierre est en effet précédé de l'annonce par Jésus: "Cette nuit, avant que le coq chante, tu m'auras renié trois fois". La sculpture porte encore des traces de polychromie, en particulier le manteau d'un bleu profond rehaussé d'or. Simplement ébauché à larges coups de gouge, le dos est peint d'une terre jaune. Le coq, au bec mal refait, contraste avec le reste de l'oeuvre, très soignée.

    Saint Léger (statue du XVIIème siècle) est élevé à la cour de Clotaire II. Issu d'une famille illustre proche de la famille royale mérovingienne, il est évêque d'Autun en 663. Vers 675, Childéric II est assassiné. Ebroïn, maire du palais, décide alors de se venger du saint qui soutenait le roi défunt. Il lui fait arracher les yeux et couper les lèvres et la langue. De plus, un synode le dépose et ordonne son exécution. Il meurt en Artois. Par la suite, saint Léger est fait martyr de l'église, et son culte devient rapidement populaire. Son corps repose longtemps dans l'Allier, à l'abbaye d'Ebreuil, et en l'église de Souvigny afin d'échapper aux hordes barbares.

    La statue de Notre-Dame de la Paix, du XVIIIème siècle, provient de l'ancienne église de Cheval-Rigon, paroisse démantelée en 1793 et venant agrandir celles d'Arronnes et de Ferrières. C'est une oeuvre finement travaillée, aux couleurs toujours vives. La Vierge est couverte d'un ample drapé de vêtements qui semblent flotter au vent. Le bras gauche de l'Enfant Jésus a vraisemblablement été brisé durant la période révolutionnaire.

    La tribune ci-dessous, du XIXème siècle, permet d'augmenter la capacité d'accueil de l'église. Le public y est à son aise, jouissant d'un bon point de vue et aussi de la possibilité d'échanger tranquillement.

    Situé dans le choeur de l'église, le vitrail ci-dessous fait partie d'un ensemble de neuf vitraux Art déco réalisé en 1934. Marie Madeleine apparaît avec des cheveux longs et défaits. Un vase à parfums est posé à ses pieds. Ces attributs évoquent la scène où la pécheresse, lors du repas chez Simon le Pharisien, inonde de parfums les pieds de Jésus puis les essuie avec ses cheveux.

    maison gamet ou maison du prieur

    La maison Gamet, construite dès le XVème/XVIème siècle, a conservé sa toiture à forte pente recouverte de petites tuiles plates typiques des pays d'oil. La porte d'entrée, avec son arc en accolade sculptée, est représentatif du style gothique flamboyant.

    La Vierge à l'Enfant ci-dessous a une belle histoire. Un menuisier malade, frigorifié et affamé, demanda secours aux moines. Il resta entre la vie et la mort des mois durant, variant entre des moments de lucidité et de longues périodes de délires. Les moines avaient une parfaite connaissance des plantes mais, malheureusement, la saison ne permettait pas de soigner convenablement le pauvre menuisier qui luttait chaque jour contre la mort. Finalement, les beaux jours permirent enfin de récolter les plantes nécessaires pour prodiguer les soins au malheureux.  Ce dernier guéri et, en remerciement, offrit cette Vierge taillée de ses mains aux moines. Afin de parvenir à ses fins, le menuisier visita plusieurs églises de plusieurs régions ce qui donne à cette Vierge un style particulier. Photo ci-dessus: texte et papier de 1250.

    A l'intérieur, deux superbes cheminées, dont une à l'étage, indiquent une maison de caractère. Les plafonds "à la Française", composés de fines solivettes posées proches, supportent un plancher de chêne.

    le jardin médiéval "le clos saint pierre"

    Derrière le prieuré saint Léger, fondé par l'abbaye de Cluny au XIème siècle, le visiteur peut découvrir un charmant jardin médiéval, appelé le "Clos saint Pierre". Inspiré tant au niveau symbolique qu'au niveau architectural des jardins médiévaux, il se compose de quatre parties cultivées: potagère, aromatique, ornementale et médicinale. Chaque partie est constituée de quatre bacs surélevés, construits en pierre. Chaque bac représente une famille de plantes. Par exemple, dans la partie potagère, se trouve un bac "légumineuses", un bac "racines", et un bac "cucurbitacées". Chaque plante est "étiquetée", nommée à l'aide de petits panneaux de bois.

    Le "Clos saint Pierre" est entouré d'une haie végétale qui, au fil des ans, clôturera le jardin. Cette haie est constituée, sur un côté, d'entrelacs de jeunes pousses de saule et, sur les autres côtés, de jeunes arbres fruitiers, de variétés anciennes et locales (pommiers, poiriers). Au centre du jardin, le paradis est symbolisé par un puits. Sur ce puits en pierre, est posée une belle plaque en lave émaillée qui révèle une imagerie du village, du prieuré et son jardin, des moines Clunisiens au Moyen-âge, et raconte les symboliques pratiquées à l'époque dont les secrets de la construction du "Clos saint Pierre". Photo ci-dessous: chat à tête d'homme.

    C'est une enrichissante manière de découvrir, grandeur nature, l'environnement des "Arribaus" à l'époque Clunisienne, ainsi que le rôle essentiel du prieuré et des moines Clunisiens qui le géraient et assuraient avec dévouement leur vocation hospitalière: accueillir, soigner, nourrir et héberger. Ils étaient notamment très pointus en recherche botanique, culture et préparations avec plantes médicinales. Les visiteurs du jardin seront invités à goûter des tisanes élaborées à partir des plantes médicinales récoltées au jardin, à la Maison de la Paysannerie, située en face.

    l'oratoire de notre dame de la paix

    Cet oratoire fut vraisemblablement construit au XIXème siècle. C'était un lieu de prière pour les religieuses qui, présentes jusqu'à la dernière guerre, avaient la charge d'instruire les enfants. Il renfermait la statue de Notre Dame de la Paix. Celle-ci, actuellement visible à l'église saint Léger, protégeait le bourg des inondations.

    Cet Oratoire est composé d'une petite chapelle de pierres et galets maçonnés à la chaux et est recouvert d'ardoises d'Angers. La toiture, qui ne comporte aucun zingage, a la particularité de posséder sur l'une de ses faces la signature du maître-couvreur. Le dessin géométrique, réalisé avec des ardoises taillées en forme d'écaille de poisson, est propre à chaque artisan.

    le château d'arronnes

    La seigneurie d'Arronnes, composée que de droits, fut cédée par le Duc Pierre de Bourbon à la seigneurie de Busset en 1351, puis à Jean de Saulx-Tavannes, Baron de Montgilbert en 1672. Les redevances se percevaient dans cette maison qui autrefois formait un petit château. Afin de lutter contre le froid et de se protéger des bêtes et des rôdeurs, les maisons anciennes possédaient peu d'ouvertures jusqu'au XIXème siècle. Une porte ferrée du XVIème siècle, à deux vantaux pleins, garde l'entrée de cette maison (photo ci-dessous). D'épais clous forgés, têtes à l'extérieur, bien serrés, assemblent une double épaisseur de lames, les unes verticales, les autres horizontales. La croyance populaire prêtait aux têtes de clous forgés le pouvoir de repousser les esprits malins.

    la maison rongère

    A la fin du XVIIIème siècle, les fondations de la première bâtisse furent édifiées sur ce rocher qui abrita trois générations de taillandiers. A l'origine, en forme de L, la maison fut modifiée et agrandie en 1865. Elle servait d'auberge-relais pour tous les montagnards de Lavoine, Ferrières et La Guillermie qui commercent le bois scié et la saboterie sur Cusset et Vichy. L'auberge, fermée depuis le début du XXème siècle, reprit ses fonctions sous la forme d'un restaurant de 1982 à 1999. Cette maison, propriété de la famille Rongère depuis les origines, possède une charpente et des ouvertures en chêne et châtaignier, avec une toiture à quatre pans recouverte d'ardoises.