le tacot et la montagne bourbonnaise

    L'économie de la montagne et celles des plaines se complétaient, s'épaulaient l'une l'autre. Cette solidarité s'était exprimée par le tacot. Il remplissait à cette époque une mission primordiale dans la vie de la région. Sans jamais se prendre tout à fait au sérieux, la population avait baptisé les locomotives de prénoms féminins: Germaine, Gertrude... Les wagons avaient un souci pointilleux de l'égalité tarifaire. Dans chaque voiture, une cloison séparait une seconde classe, qui occupait les deux tiers de l'espace, et une première. Mais, cette séparation comportait un vide dont les contours étaient calculés pour permettre de loger un poêle, à cheval sur les deux compartiments. En hiver, le contrôleur arrivait, posait un seau à charbon, vérifiait les billets, et remplissait enfin le fourneau avec une pelle. Il s'essuyait soigneusement les mains et continuait sa ronde. Mais on pouvait admirer le désir de justice absolue de la Compagnie... La moitié du corps de poêle devait chauffer les deux tiers du wagon affecté aux secondes, tandis que l'autre moitié des calories allaient aux premières, qui bénéficiaient de plus de chaleur puisqu'elles étaient cantonnées dans un seul tiers du wagon. Ainsi, pendant la saison froide, le prix du ticket payé par l'usager incluait une quantité de degrés centigrades strictement proportionnelle au sacrifice financier consenti.

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