lapalisse: PATRIMOINE

    voies romaines et vieux chemins

    L'antique chaussée continuait sur Lubié. Son tracé peut se situer au nord de la Nationale 7. Son passage, marqué jadis par une légère dépression du terrain, a été reconnu sur plusieurs points, notamment au fond du terrain d'aviation de Lapalisse où de nombreuses dalles ont été retrouvées. Elle passait près du vieux moulin de Rosières, puis aux Bourbes, ancienne seigneurie, sise, d'après un acte de 1580, sur le grand chemin de Lapalisse à Montaigu et sur celui de Lubié à Saint-Gérand-Le-Puy. Là, dut exister autrefois un poste fortifié, probablement l'une des forteresses reprises aux Anglais, en 1366, après le retour de Londres du bon duc Louis. La vieille chausée arrivait ensuite à Lubié.

    Lubié, dont le nom est cité dans un document antérieur au XIème siècle, est d'origine fort ancienne. Son officine Gallo-Romaine fournissait des poteries fines, dites samiennes, appartenant à la bonne période du Haut-Empire. Ses produits pouvaient être facilement expédiés au loin, par la Besbre et la Loire, et aussi par les voies qui se dirigeaient sur Lyon, Autun et Clermont. A l'emplacement de l'ancien bourg, sur une superficie de 4 hectares, il fut recueilli un grand nombre de ces poteries, ainsi que divers objets, dont une lampe de bronze à six becs.

    Lubié est probablement le Lipidiacus de Grégoire de Tours où, au Vème siècle, vint se fixer saint Lupicin, qui y termina sa vie enfermé dans d'antiques murailles. On a retrouvé les substructions de ces murailles qui sont Romaines. Ce vicus, qui fut sans doute le chef-lieu d'un pagus, conserva longtemps son ancienne importance. Il resta jusqu'à la révolution le siège de la paroisse de Lapalisse, dont la chapelle était une annexe de la cure de Lubié. Son cimetière continua à être celui de Lapalisse jusqu'à la Restauration. La motte de Lubié, qui était probablement un tumulus, a été détruite, voilà bien longtemps. Elle était située entre l'ancien bourg et la Besbre.

    Il est impossible de savoir à quelle époque le grand chemin fut détourné sur Lapalisse, mais le passage primitif se faisait à Lubié. Plus tard, de hardis barons fortifièrent, en face des points de passage, l'escarpement qui domine sur la rive droite le lit de la Besbre. Ils s'assurèrent ainsi la maîtrise de la grande voie. Telle est l'origine probable de Lapalisse, dont le nom, Palicia, figurant dans de vieux titres, dérive vraisemblablement de Palus (pieu). Ce devait être, à l'origine, un ouvrage fortifié, entouré de palissades, comme on en établissait habituellement aux Xème et XIème siècles.

    L'antique route passant par La Meignée et le vieux pont fut, à une époque inconnue, détournée par Lapalisse. Les itinéraires de la duchesse de Bourbon en 1385 et 1386 indiquent que les voyageurs passaient alors par Lapalisse, mais il est hors de doute que la route avait été détournée depuis longtemps déjà. Ce grand chemin traversait la Besbre, un peu an aval du pont actuel de Lapalisse, suivait la rue Notre-Dame, et se raccordait vers les Minères à la route Romaine venant de Lubié.

    LE CHâteau de lapalisse

    Le château de Lapalisse est construit en bordure de la Besbre, selon un plan rectangulaire à tour d'angle. Il commande le passage entre Loire et Allier. De tout temps, le lieu a suscité l'installation d'établissements permettant le contrôle de cette position stratégique. Seuls quelques pans de murs subsistent de la construction du XIIIème siècle, au niveau du plan quadrangulaire de l'enceinte, flanquée de quatre tours rondes, mais trois d'entre elles sont encore apparentes de nos jours. En 1793, les révolutionnaires provoquent de multiples dégradations. Le château reçut de prestigieux personnages, dont Philippe le Hardi, Charles VII, le connétable de Bourbon, Henri II, le duc de Guise et la marquise de Sévigné. Classé Monument Historique en 1998.

    L'enceinte primitive enfermait château et ville médiévale. Elle était fortifiée d'une barbacane en direction de la Besbre: murs épais percés d'archères et porte étroite. Au sud du château était aménagé une esplanade fortifiée, sur laquelle étaient la chapelle seigneuriale et les dépendances. C'est ici que fut construite, dans la seconde moitié du XVème siècle, la nouvelle chapelle, flanquée d'une tour ronde, couronnée de créneaux et d'un chemin de ronde.

    Il subit de multiples modifications au cours des siècles. En 1470, une chapelle gothique est bâtie, avant d'être reliée à la forteresse au début du XVIème siècle. Dans cette même période, est rajoutée l'aile nord-est du château, dans le style plus aéré de l'époque. En 1510-1520, des travaux sont ordonnés par le maréchal de La Palice, influencé par la Renaissance. Ses goûts nous valent aujourd'hui la belle façade en briques polychromes qui domine la ville. Il fait venir des artistes et ouvriers Italiens afin d'embellir la demeure féodale.

    L'inspiration Italienne donna au château cette élégance des fenêtres à meneaux distribuées de part et d'autre d'une tour hexagonale engagée, qui abrite un escalier en vis. Le toit entre dans la construction comme élément d'architecture: moins élancé qu'au siècle précédent, il s'éclaire de grandes lucarnes fenêtres à arc en plein cintre, et il est surmonté de cheminées crénelées. Le décor géométrique des briques bleues et roses se complète, sur la corniche, d'un couronnement, alternant les blasons du maréchal de La Palice et de sa seconde femme, maria de Melun. A l'intérieur, les salles s'honorent de magnifiques plafonds caissonnés, peints et dorés à la feuille.

    Au XVIIème siècle, Jean-François de La Guiche fut à l'origine d'une troisième période de transformations. Il fit supprimer les éléments de fortifications et les remplaça par d'élégantes arcades, disparues depuis. Cédant à la mode de l'époque, il fit aménager un vaste parc à la française, décoré de fontaines de marbre dans le goût Italien. Le parc, inscrit au pré-inventaire des jardins remarquables et monument historique depuis le 28 juillet 1998, comporte une conciergerie, une allée, plusieurs étangs, un jardin et un pont de jardin en brique. On y trouve également les anciennes écuries et le manège. Jean-Baptiste Moreau entreprend, lui aussi au XIXème siècle, des restaurations. Il construit le porche néogothique et la flèche de la chapelle.

    Le château, qui appartient au XIIIème siècle à la famille de La Palice, est acheté en 1430 par Jacques 1er de Chabannes au duc de Bourbon. Son fils Geoffroy en hérite, puis son petit-fils Jacques II, plus connu sous le nom de M. de La Palice, au tout début du XVIème siècle. Ce dernier est tué à Pavie le 24 février 1525, et ramené en son fief par ses troupes, qui lui dédient une chanson, dont un refrain proclame: "Hélas! S'il n'était pas mort, il ferait encore envie". Un  scribe peu scrupuleux transforme le f de "ferait" en s, créant un nouveau sens des plus triviaux. Telle est l'origine des Lapalissades.

    Ses funérailles eurent lieu à Lapalisse. Le corps était dans un cercueil, sur les limons d'une litière couverte d'un drap noir avec une croix de satin blanc portée par deux mulets couverts eux aussi d'un drap noir qui touchait le sol. Le cortège funèbre était escorté par des parents, amis et serviteurs, en plus de gens d'église et d'officiers, eux-mêmes entourés de cinquante pauvres vêtus de robes et chaperons de deuil. Chacun d'eux portaient une torche avec écusson aux armes du défunt. devant le corps, marchait le cheval d'honneur couvert de deuil jusqu'au sol, mené par des pages habillés de deuil.

    Les trois tours et murailles correspondent à une partie des fortifications d'origine. Dominant la ville, elles constituaient une puissante défense. La tour crénelée est dite "Tour du Maréchal", celle de droite "Tour des Lanciers", et celle de gauche "Tour Montpalain, nom du lieu-dit visible de cet endroit.

    D'un style Renaissance, le plafond du salon doré, du XVIème siècle, est considéré comme unique en Europe. Il est composé de bois peint et doré à la feuille. Tous les losanges sont parfaitement symétriques. Durant la révolution, l'administration qui occupe le château fait cloisonner les grands salons et plâtrer le plafond, ce qui sauve celui-ci du vandalisme. La marque d'une cheminée, disparue à cette époque, est visible au-dessus des murs.

    La cheminée du grand salon, du XVIème siècle, est la seule à ne pas avoir été dégradée durant la révolution. Elle a en partie été restaurée à la fin du XIXème siècle, simultanément au grand salon. Sur le haut de la cheminée, apparaissent les armes des Chabannes, accompagnées de celles des Avrincourt, belle famille du propriétaire de l'époque. Au-dessus du foyer, sont sculptés des motifs de style Renaissance.

    La tapisserie du salon doré, de 1596 est constituée de trame de fils d'or et d'argent. Les tapisseries, originellment au nombre de neuf, représentent le thème de la "Tenture des neuf preux", trois chrétiens, trois païens, et trois juifs. Tissées pour un mariage Chabannes-Blanchefort, dont elles portent les armes, elles sont alors tendues dans le château de Madic, propriété des Chabannes dans le Cantal. Volées à la révolution, six sont retrouvées en 1850 à Clermont. Elles sont alors rachetées, et placées à Lapalisse. Restaurées en 1975, quatre d'entre elles sont à nouveau dérobées lors d'un cambriolage en novembre 1977.

    La chapelle ci-dessous est construite par Geoffroy de Chabannes pour servir de mausolée à son père Jacques Ier, compagnon de Jeanne d'Arc. D'un style gothique flamboyant, elle est élevée contre l'ancienne fortification sud du château. Ses imposantes dimensions, atypiques pour une chapelle privée, s'expliquent par le fait qu'il n'y avait pas de paroisse à Lapalisse jusqu'au milieu du XIXème siècle. C'est ici que repose la famille de Chabannes depuis 1453, date de la mort de Jacques Ier à Castillon. Durant la révolution, la chapelle est dévastée. Les vibrations causées par la proximité de la route Nationale 7, en place depuis 1855, ont fragilisé l'édifice. D'énormes travaux sont successivement entrepris, en 1875, puis avant et après la Seconde Guerre Mondiale, et enfin en 1984. Classée Monument Historique en 1933. Sa voûte de la chapelle est en granit de 1470, classée Monument Historique en 1933.

    Jacques Ier de Chabannes est souvent cité comme le premier fidèle compagnon de Jeanne d'Arc, avec laquelle il combattit en particulier lors du siège d'Orléans. Il achète le château de Lapalisse en 1430, au duc de Bourbon. Sa descendance y demeure depuis. Mort durant la bataille de Castillon (Gironde), qui met fin à la guerre de Cent Ans, c'est lui qui tua le général Talbot, chef des Anglais. Le gisant, qui le montre en compagnie de sa femme Anne de Lavieu, est exactement de la même facture que ceux des Bourbons à Souvigny. Contrairement à celui de son petit-fils Jacques II, la révolution ne l'a que partiellement endommagé.

    Les communs du château, de 1613, d'un style Bourbonnais caractéristique, comportent dans leur grande partie, une charpente en coque de bateau renversée. Ils comprennent une étable à vache, une écurie et une remise de voitures, utilisées jusqu'en 1950.

    L'ANCIENNE MAISON FORTE DE LUBIE

    La ferme ci-dessous, située tout près de la motte de Lubié, était au Moyen-âge une maison forte. Elle est construite sur l'ancienne voie Romaine de Roanne à Varennes, et elle est citée dans la liste des châteaux repris aux Anglais en 1366, au retour du duc Louis de Bourbon. Près de ce site, se trouvaient jadis un monastère où vécut saint Lupicin, l'église paroissiale de Lapalisse et son cimetière. Des fouilles ont permis de découvrir les restes d'une importante fabrique de poteries, probablement d'origine Gallo-Romaine.

    C'est un petit bâtiment de plan rectangulaire à deux niveaux, flanqué en façade arrière d'une tour ronde d'escalier. Accolée à la tour, une pièce en appentis est couverte dans le prolongement du toit du logis, alors qu'une petite construction basse, couverte d'un toit à deux rampants, épouse une partie d'un pignon.

    L'EGLISE SAINT-JEAN-BAPTISTE





    L'église Saint-Jean-Baptiste, d'inspiration romane, remplace à la fin du XIXème siècle une église paroissiale "moitié grande et moitié temple Grec", édifiée pendant la révolution. Jusqu'à cette époque, la commune ne constituait pas une paroisse, mais dépendait de Lubié, ce qui explique la grande taille de la chapelle du château.





    MANOIR DU XVème SIECLE

    Alors que jusqu'au XIXème siècle, il restait plusieurs maisons du XVème siècle, celle présentée ci-dessous est la seule qui soit demeurée intacte aujourd'hui. C'est un manoir rectangulaire, à rez-de-chaussée en pierre et étage à encorbellement de bois, fait de colombages à croix de Saint-André. Le toit pentu, à jet d'eau, laisse découvrir un pignon à charpente ouvragée et une fenêtre pour éclairer les combles.

    personnalité(s)

    armand prugnaud (1899-1961)

    Fils d'un ébéniste Lapalissois, Armand Brugnaud fit tout d'abord ses études au Lycée de Roanne, puis suivit les cours de l'Ecole des Beaux-Arts de Lyon.

    A plus de vingt ans, il monta à Paris où il s'inscrivit aux Arts décoratifs, puis de nouveau à l'Ecole des Beaux-Arts. Il obtint le professorat de la ville de Paris en 1925, puis le professorat d'Etat en 1929.

    De 1929 à 1960, il enseigna au Lycée Banville de Moulins tout en cherchant inlassablement à approfondir sa peinture. En 1952, il reçut une médaille d'or au Salon des Artistes Français. Il fut également conservateur au musée de Moulins de 1932 à sa mort, en 1961.