la dormeuse de lapalisse

    Née à Barrais-Bussolles, Catherine Maupertuis (1809-1882) souffrait toute jeune de troubles nerveux et de crise de somnambulisme. venue se placer à Moulins comme servante, elle s'y maria, puis s'installa à Vaumas. Devenue veuve, elle rejoignit sa soeur, veuve elle aussi, à lapalisse où les deux femmes avaient acheté une maison, route de Saint-Prix.

    Les deux soeurs eurent alors l'idée d'exploiter le don de voyance et d'extra lucidité qui s'était révélé chez Catherine selon un processus simple. Hypnotisée par sa soeur, Catherine pouvait prédire l'avenir à ceux qui la consultaient. De plus, lorsqu'elle se trouvait en état d'hypnose, elle était capable de révélations impressionnantes, une sorte de double vue. Par exemple, dûment endormie et les yeux bandés, elle était capable de décrire tout le mobilier de la pièce où elle se trouvait en faisant l'inventaire de tous les objets apparents ou même cachés.

    Elles virent leur clientèle se développer rapidement, au point que les jours de foire à Lapalisse, on faisait la queue route de Saint-Prix. On venait les consulter pour toutes sortes de demandes: objets perdus, quête de nouvelles concernant des parents éloignés et, surtout pour des des problèmes de santé. Les prescriptions, que Catherine devait dictée, puisque illettrée, se bornaient à des tisanes, des vermifuges ou autre spécialités. malgré leur confort de vie et une aisance financière, les deux soeurs dispensaient généreusement autour d'elles aides et secours.

    Elles finirent leurs jours à l'hôpital, entourées de la considération et du respect de la population. Peut-être faut-il voir dans la thaumaturgie de Catherine Maupertuis, un lointain écho des guérisons miraculeuses de la Vierge de Beaulieu qui, selon une légende du XIIème siècle, était apparue en ce lieu au seigneur de Montjournal revenant de croisade, et qui décida de lui bâtir là une chapelle.

    monsieur de la palice réhabilité

    Il faut que tout le monde sache quel cas on doit faire de cette burlesque légende de Monsieur de La Palice, e que cet homme, dont les générations se moquent depuis des siècles, a été l'une des gloires les plus belles et les plus pures du Bourbonnais et de la France.

    Né en 1470, Jacques de Chabannes vint à quatorze ans à la cour comme "enfant d'honneur", et partagea au château d'Amboise, l'existence et les jeux du jeune Charles VIII. En 1488, il rompt ses premières lances à la bataille de Saint-Aubin où il est fait chevalier de la main même du roi. Ensuite, il suit Charles VIII à la conquête de Naples, et se distingue à la bataille de Fornoue.

    Plus tard, il se lia d'amitié avec Bayard, qui devint dès lors son compagnon inséparable, et les chroniques de l'époque son remplies du récit de leurs hauts faits, prouesses et beaux exploits. les deux hommes ne se ressemblent pourtant guère. Bayard est mince, déluré et vif, tandis que Chabannes a hérité de son aïeul Taillefer d'une grande taille, d'une grande force athlétique, et d'un courage tranquille. Revêtu de sa pesante armure noire, il galopait sur son cheval tout bardé de fer. La légende raconte que la terre tremblait sous ses pas, et la seule vue du chevalier faisait fuir l'ennemi.

    Au siège de Rovo, grièvement blessé, il fut fait prisonnier par les Espagnols. Très mal traité, il s'en ressentit toute sa vie, et une rancune tenace envers les Espagnols. Il ne fut délivré qu'en janvier 1501, contre remise de la ville de Gaète. En 1507, il dirigea l'attaque de la montagne de Gênes, emporta le fort et fut blessé à la gorge. L'année suivante, il fut nommé chevalier de saint Michel, après la bataille d'Agnadel, où il fut de nouveau blessé d'un coup de pique.

    En 1509, Louis XII l'envoya au secours de l'empereur Maximilien, à la tête d'un corps de quatre mille hommes, composé presque entièrement de chevaliers, parmi lesquels était Bayard. Il est nommé maréchal de France en 1516 par François Ier. La même année, il franchit les Alpes en cinq jours par un sentier de chèvres et arrive à Savigliano où il apprend de Prosper Colonna, lieutenant général du pape est à vingt-cinq kilomètres. Il surprend ce dernier chez lui, pendant qu'il est à table. En plus de Colonna et son trésor, mille hommes, chevaux et bagages tombèrent entre ses mains.

    A la bataille de Marignan, il se distingua par des faits d'armes les plus brillants. Il eut le commandement de l'armée envoyée en 1523 au secours de Fontarabie, assiégé par les Espagnols, s'ouvrit un chemin au travers de l'armée ennemie, passa la rivière et ravitailla la ville qui allait succomber. En 1524, lorsqu'après sa défection, le connétable de Bourbon vint assiéger Marseille, le maréchal de Chabannes, en occupant Avignon, menace de lui couper la retraite, le force à lever le siège, taille en pièces son arrière-garde au passage du Var et le poursuit jusque dans le comté de Nice.

    L'année suivante, il commandait l'avant-garde Française, et aurait épargné le désastre de Pavie au roi François Ier, si ce dernier eût écouter ses conseils au lieu de se livrer à la fougue et à la présomption des Bonnivet et des Chabot.

    Après qu'il eût vu tomber sept de ses plus proches parents, son cheval blessé se renversa sur lui. Il se releva avec grand peine, et se retrouva debout, épuisé, titubant, mais tenant encore dans sa main un tronçon d'épée qu'il refusait de rendre.

    Italiens et Espagnols se disputèrent la propriété de ce prestigieux prisonnier. Las de parlementer, un capitaine de gens de pied Espagnol, Buzarto, posa son arquebuse sur le front du sieur de La Palice, et lui explosa la tête.

    Brantôme dit de lui: "Il ne pouvait mourir autrement, car qui a bon commencement a bonne fin". Après sa mort, plusieurs chansons populaires furent consacrées au souvenir de la bataille de Pavie. Dans l'une d'elles, le texte disait: "Monsieur de La Palice est mort - Mort devant Pavie - Un quart d'heure avant sa mort - Il faisait encore envie". Cette chanson guerrière composée en l'honneur de Jacques de Chabannes, et que dans les armées les soldats fredonnaient depuis longtemps, tomba par hasard sous les yeux de Bernard de la Monnoie, qui faisait des Noëls en patois Bourguignon, et que l'Académie Française avait couronné pour des vers médiocres sur l'abolition du duel.

    Il s'amusa à la parodier, et dans un caprice de folle gaieté ou de bizarre humeur, composa le fameux couplet: "Monsieur de La Palice est mort - Est mort de maladie - Un quart d'heure avant sa mort - Il était encore en vie". Et ce couplet fut suivi de quarante neufs autres, dans lesquels un badaud solennel et niais démontre doctement les vérités qui crèvent les yeux les plus simples. Cette mauvaise plaisanterie n'empêcha pas l'auteur d'être admis en 1713 au nombre des quarante Immortels. Quant à sa victime, on la tua une deuxième fois. Cinq mots et neuf notes de musique suffirent à faire d'un grand soldat, un fantoche stupide et grotesque, et à le ridiculiser pour toujours dans la mémoire des hommes.

    Il fut enterré en son château, où sa veuve lui avait fait élever un fort beau mausolée de marbre et d'albâtre. En 1793, un bataillon de Marseillais allant à Paris traversa Lapalisse, détruisant sur leur passage tous les monuments d'un passé, dont leur fureur révolutionnaire et aveugle aurait voulu anéantir jusqu'à la mémoire. Son tombeau leur apparut comme un symbole même de ce qu'ils haïssaient le plus. Ils brisèrent le mausolée, éventrèrent le cercueil de plomb, dispersèrent ses ossements. Un bas-relief orné de figures échoua dans une cour d'auberge où, quarante plus tard, le maire d'Avignon le découvrit, et l'acheta pour le musée de sa ville, au prix risible de soixante francs.

    On comprend l'indignation d'Alexandre Dumas qui, à ce souvenir, s'écria: "Soyez donc l'épée de trois rois, le témoin de Bayard, le vainqueur de Gonzalve, l'ami de Maximilien et le vengeur de Nemours! Teignez donc de votre sang les fossés de Barlette, les remparts de Ruvo, les plaines d'Agnadel et les champs de Guignegate! Comptez au nombre des vainqueurs de Marignan et des invaincus de Pavie! Mourez donc pour ne pas rendre votre épée là où le roi de France rendait la sienne, et tout cela pour qu'il reste de votre tombeau une ruine, de votre nom un souvenir ridicule, et de votre tombe une auge dans laquelle se désaltèrent les chevaux! La postérité est pour quelques-uns plus ingrate que les rois!".

    le tacot de lapalisse

    Après avoir laissé sur sa droite la ligne de Varennes-sur-Allier, la locomotive remonte le cours de la Besbre, qu'elle franchit par un pont métallique. Un bref arrêt en rase campagne à Servilly, puis elle traverse à niveau la route de Dompierre-sur-Besbre, et la voilà à Lapalisse, juste avant de couper la Nationale 7. Après quelques manoeuvres de wagons, elle se remet en tête du convoi pour mener ses voyageurs en gare de Lapalisse-Saint Prix, le long de la ligne PLM Saint Germain des Fossés-Roanne. La gare est établie sur une hauteur en pleine campagne, et de là, on peut apercevoir plus bas le bourg de Lapalisse et son imposant château.