moulins

    Supeficie de 861 ha - Altitude de 202 à 240 mètres - 19 474 habitants environ.

    un peu d'histoire

    Chemin du bon duc Louis II
    Rue pavée menant à la place de l'ancien palais

    Des vestiges archéologiques laissent à penser que la région  autour de Moulins a connu une occupation humaine dès la préhistoire. Pendant la période Gallo-Romaine, des tuileries, briqueteries et des fours de potiers sont installés dans les communes environnantes. Sur la ville se croisent également des voies Romaines.

    La première mention de la ville, en 990, évoque la vente par quatre religieux (les frères Vion, Lambert, Bérard et Guillaume), d'une chapelle dédiée à saint Pierre, située "in villa Molini" à l'abbaye de Cluny. En 1103, la référence à une "ecclesia Molinis"  suggère une agglomération plus importante développée autour du lieu de culte. Au XIIème siècle, s'élève à proximité de l'église une forteresse sur l'emplacement de la future demeure des ducs de Bourbon.

    En 1232, Archambaud VIII octroie à la ville de Moulins une charte de franchise qui confirme les privilèges et les libertés concédés par Archambaud VII, et mentionne l'existence de marchés et de foires. La culture de la vigne, et les activités artisanales se diversifient au fil des siècles;

    Vue sur la Collégiale, le Jacquemart et une maison ancienne
    Maison en briques polychromes
    Le plan des bouchers
    Place de l'ancien marché aux vaches

    Moulins n'est pas encore la résidence principale des seigneurs de Bourbon, dont le fief est érigé en duché en 1327, et préfèrent séjourner à Souvigny, ou dans leur château de Bourbon. Le duc Louis Ier transforme la modeste forteresse en une demeure plus vaste. Moulins devient capitale du duché sous le principat de Louis II, qui développe l'administration ducale, et agrandit le château.

    La ville franche est administrée par quatre consuls élus pour un an, assistés d'un conseil de douze bourgeois. Leur rôle est de veiller à l'entretien des horloges, des fontaines, des pavés et de l'enceinte, et d'assurer la défense de la ville. Les faubourgs se développent au-delà des remparts dès le Moyen-Age, s'étirant le long des voies de communication. Au XVème siècle, le duché connaît une période de grande prospérité due au mécénat des ducs de Bourbon.

    Jean Ier succède à Louis II Le Bon. En 1412, s'étant engagé aux côtés des Armagnacs, Moulins est assiégée, sans succès, par les Bourguignons.

    En 1429, Jean Ier est fait prisonnier par les Anglais. Le duché est alors dirigé par son épouse Marie de Berry.

    C'est à cette période que Jeanne d'Arc vient séjourner à Moulins (ci-dessus et ci-contre), et se recueillir auprès de la Vierge Noire, comme en témoigne la plaque commémorative ci-dessous.


    A la fin de la guerre de Cent Ans,  Jean II fit édifier une seconde collégiale, en remplacement de la première, et un premier beffroi (Jacquemart). La cour ducale connut un beau succès et sa réputation ne fut plus à faire. Dès lors, bon nombre d'artistes vinrent y séjourner: Michel Colombe, Jean de Rouen, François Villon..... Beaucoup plus tard, Joséphine passera une nuit à Moulins.

    Au XVIème siècle, le duché est réuni à la couronne de France, et les officiers ducaux passent dans le domaine royal, le roi étant représenté localement par les gouverneurs et les intendants.  Mais, en 1523, le connétable de Bourbon, Charles III, trahit le roi de France, François Ier, en se ralliant à Charles Quint. Moulins est alors déchue de son statut de capitale. Cependant, sous l'influence de sa mère, François Ier s'emploie à développer Moulins comme un centre administratif d'une province royale.

    A la mort de Henri II, en 1559, le Bourbonnais devient le douaire des reines de France (et ce, jusqu'en 1659). Du 22 décembre 1565 au 23 mars 1566, le roi Charles X séjourne avec toute la cour à Moulins. Le futur Henri III de France y est fait duc de Moulins, et l'édit de Moulins est publié. Il réglemente le domaine royal, et est parfois considéré comme une source historique du domaine public. Photo ci-dessous: vue sur les vestiges de l'ancien palais

    Vue sur la collégiale

    Vue sur la place de l'ancien palais

    Au début des guerres de religion, en juin 1562, les Huguenots tentent de s'emparer de Moulins, pour densifier le réseau de forteresses qui sont en leurs mains. Apprenant l'arrivée imminente de troupes envoyées par le gouverneur de Nevers, et face à la résistance acharnée qu'oppose la ville au siège, ils battent alors en retraite. Cet évènement conduit à une violente réaction dans les campagnes environnantes: tous ceux qui auraient soutenu les Huguenots, ou qui en seraient, sont exécutés.

    Après l'assassinat du roi Henri III en 1589, son épouse, ne pouvant plus vivre au château de Chenonceau, alors criblé de dettes, se retire au château de Moulins où elle succombera en 1601.

    La ville de Moulins et ses alentours subirent les ravages de la peste tout au long des XVIème, XVIIème et XVIIIème siècles. Les morts se comptèrent par dizaine. Trois siècles d'épidémie et une hécatombe de gens et d'animaux. Photo ci-dessous: vue sur les cours.

    Aux XVIIème et XVIIIème siècles, de nombreuses communautés religieuses s'installent à Moulins, comme par exemple les Jacobins, les Visitandines et les Jésuites. Des hôtels particuliers, qui appartiennent aux grands financiers, côtoient les constructions médiévales. Des jardins agrémentent ces hôtels, créant une véritable mosaïque dans certains quartiers.

    Cet agrandissement de la ville nécessite alors la construction d'une seconde enceinte afin de protéger les faubourgs qui s'étirent le long des routes principales. Le rempart reste inachevé. Au XVIIIème siècle, Moulins s'ouvre, les fossés sont comblés, l'enceinte détruite et remplacée par une ceinture de cours et de boulevards répondant aux besoins de circulation, et contrastant avec le tissu urbain très dense du centre médiéval. La Porte de Paris (ci-dessous) marque l'un des axes majeurs de la ville.

    Hôtel de Montlaur
    Logis inscrit à l'Inventaire des Monuments Historiques

    La construction dans les années 1760, d'un pont  définitif par Monsieur de Régemortes, met fin aux préoccupations séculaires du franchissement de l'Allier.Le blason de la ville se compose de trois croix issues des croix des moulins posées au milieu de la meule pour la fixer, tandis que le chef d'azur chargé de trois lis d'or est un ajout datant du passage de la ville dans le domaine royal. La couronne murale date du XIXème siècle, suite à la création par Napoléon Ier des bonnes villes.

    La fontaine ci-dessous fut construite en 1789. Cette fontaine-colonne, à l'époque sur les cours, devait permettre aux habitants du quartier de s'approvisionner en eau. Au-dessus d'un large bassin circulaire s'élève une haute colonne , en grès de Coulandon, reposant sur quatre tortues et couronnée d'une fleur de lis. La fontaine  fut démontée en 1838 car elle "ruinait la vue sur les cours", et transférée place d'Allier en 1845. Les tortues furent supprimées, suite aux modifications apportées à l'édifice, et remplacées par une boule de fonte.

    Ci-dessous: Façade des hôpitaux de Moulins et Entrée de l'hôpital général.

    Photo ci-dessus, emplacement de l'église paroissiale des Ménestraux, détruite à la révolution. En 1804, l'Ecole centrale de Moulins est remplacée par un lycée, l'un des premiers en France. Il deviendra le lycée Théodore de Banville (photo ci-dessous). Sous l'impulsion de Napoléon III, la cathédrale est agrandie par la construction d'une nef. Dans le même temps, l'église du Sacré-Coeur est élevée. C'est la première église consacrée au Sacré-Coeur de Jésus-Christ en France.

    La société d'émulation du Bourbonnais est fondée à Moulins en 1845, et est reconnue d'utilité publique par un décret du 20 août 1925.  Elle se consacrera à l'étude et à la recherche historique, archéologique, sociale et culturelle de l'ancienne province du Bourbonnais, et organisera aussi des conférences.

    En janvier 1871, c'est à Moulins qu'est centralisé le courrier à destination de Paris, assiégée par les Prussiens. Le transport s'effectuait en boules de Moulins, pouvant contenir jusqu'à 600 lettres. Le but de cette sphère creuse en zinc de 12 centimètres de diamètre, munie de douze ailettes, était de rouler sur le fond de la Seine, en passant sous les filets des Prussiens. Un autre filet, convenablement disposé à l'entrée de Paris devait permettre de récupérer les engins jetés dans le fleuve bien en aval de la capitale. Plus de 40 000 lettres, placées dans 55 boules, furent envoyées.

    Photos ci-dessous: Chambre de commerce et d'industrie et façade du XVIIIème siècle.

    Néanmoins, pendant le siège, aucune ne fut récupérée. Certaines le furent par la suite, notamment en mars 1871 dans la Seine, et en 1968 près de Rouen. Celle-ci contenait 539 lettres. La dernière fut récupérée à hauteur de Vatteville (Seine-Maritime) en 1982. Toutes les autres dorment encore, prisonnières de la vase.

    Logis avec tourelle où est inscrit.....
    "Plus penser que dire".

    La coutellerie de Moulins fut longtemps prospère. Il sortait de ses ateliers des couteaux de poche avec une forme de lame spécifique, tranchante et solide. A la fin du XVIIIème siècle, la production de couteaux était en perte de vitesse. Le site s'orienta alors vers la fabrication d'armes, marché à forte demande. Malheureusement, la quasi totalité de la production de canons de fusil fut retournée pour vice de qualité. En réalité, ces dysfonctionnements étaient dus à des malversations du directeur, qui fut punit pour ses actes. Même les pièces lourdes ne furent jamais mises en service. Le site ferma le 14 novembre 1798.

    En 1884, pendant la construction d'un puits, rue des Ormes, il a été exhumé par Monsieur Béchu, deux fragments d'un même vase à incinération, en terre grise, peut-être fait à la main. Ce vase apode, à fond hémisphérique, dont l'intérieur était assez grossier, avait des parois empreintes de charbon pulvérisé. Cet indice pourrait indiquer que l'incinération avait été faite sur place. Ce vase, probablement de la fin du néolithique, fut découvert à plus de cinq mètres de profondeur, sous une couche d'alluvions et de sable. La couche sableuse de quatre mètres d'épaisseur n'avait pas été remaniée.

    le château des ducs de bourbon

    L'origine du château de Moulins est inconnue. Implanté sur un léger surplomb au-dessus de l'Allier, il devait probablement permettre le contrôle du passage de la rivière et de la voie Lyon-Paris, sur la rive droite. Il devait alors exister une simple tour sur motte. Un château de Moulins est en effet mentionné dans la Vie de saint Odilon, écrite par le moine Jotzald, dans lequel habitait nobilissima matrona Ermengarde. Ce castrum Molinis aurait été construit entre 1049 et 1053. En plus de sa fonction militaire, le château avait celle de protéger le commerce. Un terrier de 1461 nous apprend que l'ancien marché aux pourceaux se tenait devant sa porte principale. Le duc Louis II fit restaurer les forteresses du Bourbonnais, dont celle de Moulins, dans la seconde moitié du XIVème siècle, et notamment son donjon appelé "tour Mal-Coiffée" (photo ci-dessous).

    Au milieu du XVème siècle, outre les appartements, le château de ce qui était devenu la capitale ducale comprenait un auditoire et une chambre des comptes, un  grenier, une fourrière et des écuries. C'est à l'emplacement de ces dernières qu'Anne de Beaujeu fit construire, vers 1500, le pavillon qui porte son nom, et qui est réputé pour être le plus bâtiment Renaissance de France. Il n'en reste qu'un porche et le côté droit de la façade (photo ci-dessous). L'autre partie fut reconstruite dans le même style au début du XIXème siècle. La décoration des frises allie la ceinture d'espérance, symbole de l'ordre de chevalerie créé par le duc Louis II, le cerf-volant, symbole que s'était choisi Pierre de Beaujeu et le chardon, souvent associé au roi François Ier. La duchesse avait également racheté les habitations de plusieurs riverains pour aménager les jardins, agrémentés d'une fontaine.

    La façade ouest, achevée sous Louis XIII, était d'une architecture moderne, dans le goût de la Renaissance, qui s'étalait depuis l'entrée de la prison civile jusqu'à la première porte du pont dormant par où l'on arrivait à la porte méridionale du château, qui était muni d'un pont-levis. Vers 1777, les bâtiments s'étendaient autour de deux cours. C'est dans la cour d'honneur, la plus étendue en superficie, qu'était implantée la fontaine en lave de Volvic, que l'on peut encore voir dans les jardins bas du musée (photo ci-dessous).

    Une première chapelle se tenait au deuxième étage, dans l'épaisseur de la maçonnerie. Une deuxième chapelle fut érigée sous le règne du duc Jean II, à l'arrière de la courtine du troisième étage où subsistent les deux baies d'ogives.  En dessous, les deux fenêtres à meneaux devaient éclairer les appartements. Par la suite, Pierre et Anne de Beaujeu firent édifier une chapelle gothique dédiée à saint Louis, le long de l'escarpement occidental. On y trouvait également un labyrinthe. Un jardin potager fournissait des melons, concombres, courges, citrouilles, cardes, artichauts, tomates, herbes potagères et fleurs très odoriférantes.

    Charles VIII s'y séjourna plusieurs fois entre 1490 et 1498, de même que sa femme, la reine Anne de Bretagne. En 1517, François Ier, pour le baptême du fils du connétable de Bourbon, fut invité et sollicité comme parrain. La cérémonie se déroula dans la chapelle du château. Les festivités furent d'une pompe exceptionnelle, et des tentes furent dressées dans les jardins pour accueillir les invités. Vers 1520, les Etats du Bourbonnais furent réunis dans la grande salle du château et arrêtèrent la seconde monture des Coutumes du Bourbonnais. Le 11 septembre 1523, c'est dans la grand-cour que le bâtard de Savoie et le maréchal de Chabannes déclarèrent le Bourbonnais "saisi de la main du roi", en raison de la trahison du connétable, gendre des Beaujeu. Le duché fut attribué à la duchesse d'Angoulême, puis réunit à la couronne. Il devint le douaire des veuves des rois de France.

    Le roi François Ier séjourna six fois au château après la confiscation des biens du connétable. Le 10 février 1538, il honora du titre de connétable le maréchal Anne de Montmorency. Dès le début de son règne, le jeune roi Charles IX choisit Moulins pour promulguer des ordonnances au mois de février 1566. Il voulait réformer l'administration de la justice et l'organisation des présidiaux, mais ,surtout mettre au pas les grands féodaux. Ces ordonnances supprimèrent aussi les communautés de paysans, ce qui eut pour effet de limiter ce mode de cohabitation en communautés, qui permettait pour partie d'échapper aux droits féodaux. Le 29 janvier 1601, Louise de Lorraine, veuve du roi Henri III, reine douairière et duchesse de Bourbonnais, mourut au château, malgré les soins prodigués par le célèbre médecin Jean de l'Orme. Le 11 février 1642, Louis XIII et Richelieu firent une halte à Moulins, tout comme Louis XIV, sa mère Anne d'Autriche et son frère Philippe d'Orléans et leur cour en janvier 1659. A partir de 1661, le château se délabra progressivement.

    Ses bâtiments furent divisés en appartements et loués à des particuliers. Ce fut chez l'un d'eux que se déclara un incendie en 1755. Le château fut très endommagé, ses archives et sa bibliothèque détruites. Le 08 juillet 1787, la foudre tomba sur la girouette de la Mal-Coiffée, lézarda l'une des murailles, pénétra dans la cour, et passa entre plusieurs personnes sans les blesser. Un certain Jacqueson installa une industrie de tissage dans ce qui restait des locaux. Le donjon servit de prison jusque dans les années 80, et une plaque commémore le souvenir des résistants qui y furent incarcérés et torturés pendant la seconde guerre mondiale (photo ci-dessus).

    moulins et les deux guerres mondiales

    La ville ne fut pas épargnée par les deux guerres mondiales. Durant le première, dans la nuit du 02 au 03 février 1918, une cascade d'explosions accidentelles en chaine, causées par les sels d'acide fulminique utilisés pour provoquer la détonation des amorces d'obus, ravagea l'atelier de chargement de munitions de la poudrerie de Moulins-Yzeure, s'étendant sur un grand nombre de kilomètres, et qui causa plusieurs dizaines de morts. Les effets ont été en ville extrêmement violents. Vers 10h, un nouvel embrasement battit les murs, suivi une heure après, d'un jet de flammes. Les déplacements d'air ont occasionné un peu partout des dégâts considérables: toitures, contrevents, vitres, fenêtres, galandages..... Les rues étaient jonchées de débris de verre, de tuiles et de plâtras, en plus des glaces des magasins fortement endommagées. Quant aux rideaux de fer ondulé, ils ont été uniformément disloqués, et sortis de leur cadre, tant et si bien que nombre de boutiques ne purent ouvrir. Les explosions furent ressenties jusqu'en Haute-Loire.

    Le pont Régemortes fut témoin de la débâcle, panique générale des civils Français, fuyant l'ennemi dans un sentiment de survie et de peur, se bousculant dans un indescriptible désordre. Les troupes du général Von Kleist fonçaient vers la ville sur la rive droite de l'Allier. Leur mission était de continuer de pousser vers le sud, afin d'empêcher toute organisation de résistance sur la Loire et l'Allier. Mais c'est le commandant Polimann, témoin et héros de la première guerre mondiale, qui arriva le premier à Moulins, le 17 juin 1940.

    Se mettant spontanément au service des troupes déjà en place, tous s'organisèrent au mieux afin de recevoir les troupes de l'occupant, notamment en choisissant le pont Régemortes comme point stratégique. Il avait été décidé de faire le faire sauter, dès que les Allemands l'emprunteraient. Un avion ennemi de reconnaissance tourna au-dessus de la ville. Le plafond était bas et le temps maussade. Allait-il repérer quelque chose dans cette grisaille? En tout début d'après-midi, les Allemands furent signalés venant par la rue de Decize, par les Cours, et se dirigeant vers le pont.

    Motocycliste et camions s'engagèrent les premiers. Dans un bruit terrible, la troisième arche du pont, en partant de la Madeleine, sauta. Le faubourg de la Madeleine était la porte ouvrant sur Saint-Pourçain-Sur-Sioule, Souvigny, et Bourbon-L'Archambault. Il s'y trouvait également le quartier Villars, abritant le commandement militaire du département.

    Gravas, véhicules, et hommes plongèrent dans l'Allier. Cette explosion brisa toutes les vitres sur les deux rives. Le pont endommagé entraina la rupture des lignes téléphoniques, et un rationnement d'eau. en effet, la grosse canalisation qui alimentait la Madeleine fut coupée, et le service dut fermer certaines vannes, jusqu'à réparation, vingt-quatre heures plus tard.

    Le pont détruit, la bataille s'engagea. Elle durera huit heures. La supériorité et la précision de l'armée Allemande vinrent à bout des défenses Françaises, qui comptabilisèrent neuf morts, et qui battirent en retraite. Le registre de l'état civil portera, pour chacun d'eux, la mention "décédé à la défense du pont Régemortes". Ce fut le début de l'occupation. Etablie en application de la convention d'armistice, Moulins se situe précisément sur la ligne de démarcation qui divise le département, et fixe la frontière entre la zone nord occupée, et la zone sud encore libre, que les Allemands respecteront durant toute la période.

    En août 1944, de nombreux combats ont lieu entre la résistance et les Allemands qui se replient. Moulins est le théâtre d'affrontements entre garnisons d'occupation et maquisards, notamment avec l'explosion des ateliers de pyrotechnie. Cette même année, beaucoup de citoyens Moulinois ont été tenus d'héberger les troupes Allemandes durant quelques jours, voire quelques semaines.

    le pont régemortes et l'Allier

    Il est difficile d'imaginer, en regardant de nos jours les eaux de l'Allier coulées paisiblement entre les bancs de sable, qu'avant l'arrivée du chemin de fer au milieu du XIXème siècle, que ce cours d'eau était navigable, et que Moulins possédait même trois ports fluviaux, dont le plus important était celui de la Charbonnière. Les bateaux transportaient, entre autres, du charbon, du bois, du vin de Saint-Pourçain.....

    L'activité était très dynamique, et les commerces se développaient, notamment rue Régemortes, qui prolongeait le pont du même nom. Ce pont protégea, après dix ans de travaux, une partie de la ville, victime régulière des inondations. Les caprices de la rivière détruisirent par exemple les ponts Guinguet et Mansard. Solide et fort bien étudié, le pont Régemortes, du nom de son créateur, modifia le cours de l'Allier, canalisé par deux digues protectrices, nommées par les habitants de Moulins, "les levées". Inscrit Aux Monuments Historiques en 1946.

    le pont sncf

    Le pont SNCF fut construit en amont du pont Régemortes en 1858, pour la voie ferrée reliant Montluçon à Moulins. Ce pont est un des premiers grands ponts métalliques en France. Il comprend six travées de 40 mètres de portée. Les poutres latérales, à âmes pleines, sont de couleur noire, ce qui lui vaut d'être surnommé "le pont noir". Ses piles sont parmi les premières à avoir été mises en place à l'air comprimé. Leurs viroles en fonte ont dû être renforcées par des frettes en fer, puis en acier. En 1946, le platelage en bois situé sous la voie a été remplacé par un platelage métallique.

    le quartier des mariniers et la rue du pont-ginguet

    Au XVème siècle, cette rue, aux maisons bien alignées, est appelée la Grande-Rue d'Allier. Elle se prolonge au niveau de l'actuelle place d'Allier, et correspond à l'axe principal du quartier du Faubourg-d'Allier. Cet axe est alors fragmenté par trois ruisseaux, le ry Bréchimbault, le ry Saint-Nicolas, et le ry de La-Mothe-Aux-Orbets qui sont asséchés à différentes périodes, permettant le développement du quartier. Le nom actuel de la rue permet d'évoquer le pont Ginguet, ancien pont de Moulins, dont la construction avait été décidé pour remplacer un pont de bois emporté par la crue. Il est lui-même emporté par les hautes eaux le 21 octobre 1689. La rue Régemortes, créée au XVIIIème siècle dans le prolongement du pont du même nom, est devenue l'une des principales entrées de Moulins, mais également l'une des principales artères commerçantes de la ville, détrônant ainsi la rue du Pont-Ginguet.

    Aux XVIIIème et XIXème siècles, Les boutiques bien achalandées de la rue Régemortes étaient particulièrement prisées par la main-d'oeuvre populaire du quartier des Mariniers: charpentiers, cordiers, cloutiers, pêcheurs... Le quartier des Mariniers, était doté lui aussi de nombreux commerces, dont certains d'un genre spécial. Le quartier n'avait pas bonne réputation, notamment donc, à cause de ses maisons de passe. On appelait aussi les Mariniers le "quartier nègre". Il existait une forme de rejet envers les ouvriers modestes, le teint hâlé dû au travail en plein air, qui y vivaient.

    C'était un quartier vivant et populaire. Il ne fallait pas trop traîné le soir, car l'insécurité était quotidienne. Il fût donc une époque où les quais d'Allier étaient encombrés de bateaux et où les marins de passage devaient trouver du bon temps. Des commerces étaient présents à tous les coins de rue, et au moins une dizaine de cafés. On trouvait de tout dans ce quartier, y compris des lieux pas toujours très bien fréquentés. Le quartier des Mariniers était aussi surnommé "le quartier nègre". En effet, pas très loin de l'actuel gymnase des Mariniers, il se trouvait un grand camp où étaient accueillis tous les étrangers. Cet endroit était appelé la "cour des miracles".

    La rue du Pont Ginguet, à cette époque, était la rue la plus mal famée de Moulins. Elle accueillait plusieurs débits de boisson. L'un d'entre eux, "Le Bamboula Bar", était peu avare en services louches. On y trouvait, soi-disant, des diseuses de bonne aventure. En fait, ces voyantes proposaient un peu plus que lire l'avenir. Il y avait régulièrement des descentes de police, parfois plusieurs fois par jour, dans cet établissement. Les bagarres y étaient fréquentes.

    L'enseigne de mariniers, ci-dessous, date des XVIème et XVIIème siècle. L'histoire du quartier des Mariniers est encore présente symboliquement sur les façades de plusieurs maisons. Le registre ornemental s'inspire de la batellerie sur l'Allier, et devait indiquer les maisons des mariniers. Il s'agit soit d'une pierre sculptée de deux ancres de mariniers, soit de plaques de fondation qui indique la date de construction, les noms et qualités des habitants.

    L'enseigne, ci-dessous, de 1588 témoigne de l'activité de la batellerie sur l'Allier, et orne l'entrée d'une maison. L'enseigne était la fierté du marinier ou du propriétaire de bateaux. Ce cartouche porte mention d'une date et du nom de Jehan Moran. Il forme un rectangle où sont sculptés des cuirs enroulés autour d'un médaillon central. de bas en haut figurent un masque léonin, et la tête d'une femme aux cheveux couverts d'une coiffe en pointe, un chaperon aux bords soutenus par des arcelets de métal, coiffe en usage à partir du règne de François Ier. Classé Monument Historique en 1972.

    Le quartier connaît au fil des siècles une évolution du bâti où se succèdent des façades en briques, en pierre de taille ou des structures en bois. Les deux maisons ci-dessus, rue des pêcheurs, sont marquées par cette variété, tout en conservant des portes aux encadrements Renaissance ou des pans de bois plus tardifs.

    L'ensemble du bâtiment ci-dessus était occupé au XVème siècle par une auberge, l'hôtel de la coquille, nommé ainsi en raison des nombreux pèlerins sur la route de Saint-Jacques-de-Compostelle qui y trouvaient le gîte et le couvert. Ci-dessous, une façade décorée, rue du rivage, située tout près de la rue Ginguet.

    la rue des orfèvres

    La rue des Orfèvres est la rue la plus ancienne et la mieux conservée de Moulins. Du XVème siècle, c'est un site inscrit. Mais, sous les petites ruelles du quartier historique se nichent quelquefois des trésors inimaginables. En effet, des caves datées du Moyen-âge renaissent de leurs cendres depuis quelques années. Ces caves, dites de Bertine, représentent un vaste ensemble architectural qui s'étale sur 250 m2 et trois niveaux. On y accède par un escalier monumental qui descend entre deux tribunes surélevées.

    Ni l'archéologie, ni les archives de la ville de Moulins ne permettent d'identifier clairement l'usage de ces caves. Il est toutefois vraisemblable que pendant près de 200 ans, elles servirent de lieu de perception du cens pour la seigneurie Montaigu-Lestenois, puis pour la famille Bertine qui racheta le fief à la fin du XIVème siècle. Il fut découvert un four du XVIIIème siècle et un puits daté de la même époque.

    La salle principale des caves Bertine se compose de neuf travées sur croisée d'ogive, caractéristiques du style gothique. Il en va de même pour un certain nombre d'autres éléments, de décors, notamment les imposants motifs floraux des clés de voûte, ou encore les têtes de pages dits "culs de lampe", qui viennent mettre en valeur l'extrémité des arcs. Ces visages de jeunes nobles placés au service d'un seigneur sont surmontés d'une coiffure caractéristique du XIIIème siècle.

    le petit train de moulins

    A l'intérieur de la gare, sur une petite voie en impasse longeant le premier quai à droite du bâtiment des voyageurs, la rame des "économiques" attendait patiemment ses clients. Elle se composait de deux voitures à bogies, l'une de seconde, et l'autre mixte 1ère/2ème. De couleur vert foncé, les parois latérales étaient en frise de bois, légèrement galbées en bas de caisse. Le voyageur y accédaient par des plates-formes extrêmes  entièrement ouvertes, avec une petite passerelle pour passer d'une voiture à l'autre. Les banquettes en bois verni étaient disposées transversalement vis-à-vis des fenêtres, sauf au centre de la voiture où elles étaient longitudinales, face à un poêle de fonte. Ces derniers avaient la particularité de fumer aussi bien qu'ils chauffaient mal. Photo ci-dessous: avenue de la gare.

    Pendant la seconde guerre mondiale, la France est coupée en deux dans un premier temps. Moulins est en zone occupée. L'arrivée en gare SNCF de Moulins posait à certains des problèmes difficiles à régler, et c'est souvent que ces voyageurs sans autorisation, même sans carte d'identité, utilisaient le tacot (ou chemin de fer économique) partant de la zone occupée (Moulins), pour se rendre en zone libre à partir de la gare de "La Madeleine", cachés dans les wagons de marchandises, avec la complicité des chefs de trains et mécaniciens. Les chefs de train assuraient parfois aussi la fonction de vaguemestres. C'est ainsi que les lettres à destination de la zone interdite étaient adressées à un intermédiaire de la zone occupée qui les faisait parvenir à destination ou vice-versa.

    Un jour arrivèrent de La Madeleine un instituteur et son épouse qui convoyaient 50 enfants, et essayaient d'atteindre la gare SNCF de Moulins. Les convois des Chemins de Fer Economiques avaient le droit d'aller tourner la machine, mais elle seule, à la gare SNCF de Moulins, qui comportait la plaque tournante nécessaire à effectuer cette manoeuvre. Devant ce cas particulier, un cheminot n'hésita pas à atteler à sa locomotive la wagon des 50 enfants avec leur instituteur. Le convoi s'avança jusqu'au poste de garde de La Madeleine et, muni du laisser-passer de l'instituteur, le cheminot se présenta à la sentinelle Allemande qui, croyant à un convoi "exceptionnel", fit signe au train de continuer. Le tacot faisait de la résistance!

    quelques vestiges religieux

    La Vierge de Notre-Dame-Des-Eaux, ci-dessous, de la fin du XVème siècle, est placée dans une niche, mais est considérablement dégradée. Elle était portée autrefois en procession pour lutter contre les crues de l'Allier.

    La sculpture ci-dessous, très endommagée, représente une Vierge de pitié, ou Piéta du XVIème siècle. Ce type de représentation apparu à la fin du Moyen Age, et correspondait à une expression de la foi insistant sur la souffrance de la passion du Christ. après la descente de Croix, Marie recueille le corps de son fils. A partir du XVIème siècle, ce dernier est généralement disposé sur les genoux de sa mère.

    Ci-dessous, une Vierge à l'Enfant avec l'inscription: "Notre mère (?) de paix, priez pour nous. 1786".

    la chapelle sainte claire

    La chapelle sainte Claire ne se visite pas. Vous ne pourrez admirer son intérieur qu'uniquement les jours de messe. Sa construction a été ordonnée par la duchesse de Bourbon, Marie de Berry, en 1421. Claire, une religieuse née à la fin du XIIème siècle, est la cofondatrice de l'ordre des Pauvres Dames ou Clarisses. La chapelle lui sera dédiée par Colette de Corbie, grande réformatrice de l'ordre des Franciscains au XVème siècle. Pendant la révolution, les lieux sont désaffectés, et servent de prison pour les prêtres réfractaires. La chapelle devient de 1797 à 1847 la salle de spectacle de la ville, nécessitant de nombreuses transformations. C'est en 1854 qu'elle est rendue au culte. Inscrite aux Monuments Historiques en 1947.

    Datant de la fin de la période gothique, elle comporte une nef terminée par un choeur à trois pans. La nef est couverte d'une charpente de la fin du XVème siècle en forme de carène renversée avec des consoles courbes retombant sur des culots de feuillage.

    Le bâtiment et sa conception sont assez sobres, tout à fait dans l'esprit de l'ordre religieux qui l'a occupé: les Clarisses Colettines. Cet édifice est le seul vestige du couvent des clarisses, installées à Moulins en 1421, probablement l'un des plus grands couvents dédiés à Sainte-Claire qui ai existé. Jeanne d'Arc y aurait séjourné lors de son passage à Moulins en 1429.

    Elle comprend un tableau de Gilbert Sève, du XVIIème siècle, représentant la Vierge à l'Enfant entourée de saints. Gilbert Sève (1615-1698) participa à la décoration des châteaux de Compiègne, Versailles et Fontainebleau. Le tableau a été commandé à l'artiste en 1647. De même, se dresse un autel du XXème siècle du sculpteur Pierre Sabatier en laiton embouti et oxydé. L'artiste a recherché, à harmoniser son oeuvre avec l'architecture du lieu. L'accord avec les masses, et surtout le relief, évoquent le volume et l'orfèvrerie du Moyen-Age.

    quelques demeures à moulins

    Moulins possède de nombreux bâtiments construits en brique. Ce matériau, prépondérant dans l'architecture Moulinoise des XVIIème et XVIIIème siècles avec ses décors losangés ou à chevrons, est utilisé également à d'autres époques. Aux XVème et XVIème siècles, le hourdis de brique a remplacé le pisé et sert de garnissage entre les pans de bois des maisons. Maison ci-dessous de 1517.

    La brique est un matériau à base d'argile, d'un coût moindre par rapport à l'extraction de la pierre. Elle est fabriquée localement grâce à l'abondance de ce type de terre tout autour de Moulins. Jusqu"au XIXème siècle, toutes les opérations de fabrication sont réalisées à la main. Dans un premier temps, la bique n'est pas apparente, et est utilisée dans la construction en alternance avec la pierre pour donner de la souplesse au mur, pour les cheminées, dans les étages des maisons en pans de bois.


    Au XVIIème siècle, la brique fait jeu avec la pierre. Elle devient un décor,

    sa couleur varie du rose au noir en fonction de la nature de l'argile et

    de la durée de cuisson. Les demeures Moulinoises comportent des

    décors variées, losanges avec motif central, chevrons simples ou

    doubles, briques en panneaux. Les briques, peuvent blanchir, sont

    huilées afin d'empêcher les sels blancs des joints de remonter à la

    surface
    .

    Elles sont scellées avec des joints qui assurent la souplesse des murs. le joint est monté avec un mortier de chaux éteinte, ce qui permet la diffusion de l'humidité. les briques roses et noires sont employées en alternance avec la pierre de grès ou de calcaire, vermiculée ou non. Cette variété des matériaux donne à la ville un visage coloré.

    Au XVIIème siècle, les pierres de taille en grès seront sculptées de vermicules ou d'autres motifs tels les coeurs ou les entrelacs.

    La tradition des pierres vermiculées remonte à la période de la Renaissance Italienne. Elle s'impose en France surtout à partir du XVIIème siècle.



    Hôtel Héron de 1700. Inscription supplémentaire aux Monuments Historiques
    Logis classé Monument Historique

    Le premier étage de l'immeuble ci-dessous présente une architecture et un décor qui se rattachent à l'Art nouveau des années 1920. Dans la façade de brique, s'ouvre une baie de forme circulaire à la riche modénature de pierre blanche, le tout surmonté d'un cartouche, couronné d'une agrafe inscrite dans une frise. La ferronnerie de fonte du balcon comprend des motifs de feuilles de vigne et de vrilles végétales.