saint-nicolas-des-biefs

    Superficie de 2890 ha - Altitude de 720 à 1132 mètres - 176 habitants environ.

    Le bourg primitif se développe au Haut Moyen-âge sur le plateau de La Verrerie. Sous le règne de Louis XIV, ce plateau est occupé par des familles de verriers venus de Lorraine ou de Franche-Comté fuyant l'invasion Prussienne. Quand elles arrivent, le plateau n'est qu'une vaste hêtraie. Elles trouvent sur ce site, en quantité suffisante, le sable, l'eau, le combustible et les végétaux nécessaires à cette industrie. Le premier maître verrier de Saint-Nicolas est Adam de Finance, et les produits sont de bonne qualité. Ainsi, pendant plus d'un siècle, les fours des verriers engloutirent une incroyable quantité de bois, créant de multiples conflits avec les paysans voisins qui voyaient disparaître le couvert végétal du plateau. Mais, peu avant la révolution, la concurrence de véritables usines installées dans le nord de la France, le déboisement du plateau et, peut-être une révolte des ouvriers Autrichiens mettent un terme à l'activité. Les 150 hectares du plateau sont désormais des communaux qui gardent la trace de plusieurs anciens fours à verre. Au bourg, un musée retrace l'histoire de ces verriers (photos ci-dessous).

    De nos jours, ce plateau permet aux visiteurs de s'évader dans une nature préservée, présentant des espèces végétales rares, dont certaines remontent à la période glacière. Cette nature, préservée et riche, est un habitat exceptionnel pour de nombreuses espèces. Le site se caractérise également par la présence d'une tourbière, véritable paradis pour le lézard vivipare et pour d'autres espèces. Les passerelles en bois aménagées, longues de 1.5 km, permettent de découvrir des paysages étonnants, expliqués par la table d'orientation depuis laquelle la vue est imprenable sur la plaine de Roanne, les Alpes et la chaîne des Puys, mais aussi sur la vallée de la Loire, la plaine du Forez et les monts du Lyonnais. Par beau temps, le massif du Mont Blanc peut être aperçu.

    Les tourbières sont des lieux uniques où poussent les sphaignes et les droséras. Sous leur surface, dorment les archives du passé de leur lieu de formation. Bien à l'abri des altérations du temps qui passe, les tourbières conservent pollens, débris végétaux et fossiles, parfois vieux de plusieurs millénaires. C'est dans les couches inférieures que se terrent les plus anciens témoignages. Des carottages effectués dans la tourbe permettent de remonter à la surface des échantillons qui, une fois analysés, livrent leurs secrets. Les scientifiques peuvent ainsi recomposer le paysage, la flore, la faune et le climat des temps reculés et expliquer les variations climatiques et certaines disparitions d'espèces de la flore ou de la faune.

    L'origine du nom de la commune reste mystérieuse. On peut néanmoins se référer à la bulle du pape Urbain II en 1095 dans laquelle figure le vocable "Sancti Nicolaï ad tres fontes". Au XVIème siècle, la paroisse de Saint-Nicolas dépend  de la châtellenie de Vichy et ne compte que seize feux. A la fin du XVIIIème siècle, le village, quittant le plateau, se déplace de 1 500 mètres vers l'ouest. Il passe ainsi de 1 000 à 900 mètres d'altitude, mais reste le bourg le plus élevé de l'Allier. Sous la révolution, le village donne asile aux curés de plusieurs paroisses alentour. La commune est créée en 1790. En 1849, une partie de son territoire lui est retirée, participant à la formation de la commune de La Chabanne. Au XIXème siècle, l'élevage des Charolais et l'exploitation forestière rationnelle se développent. Les habitants sont surtout bûcherons, charbonniers et sabotiers. Au XXème siècle, toutes ces activités périclitent et entraînent une chute importante de la population.

    C'est au niveau de cette croix que se tenait jadis le vieux bourg de Saint-Nicolas. Un prieuré y fut élevé. Très pauvre, la cure de Saint-Nicolas, à la collation de l'évêque de Clermont et à la présentation du Prieur de Marcigny-les-Nonnains, ne valait que "16 boisseaux de seigle". On enterra dans le cimetière jusqu'en 1687, mais la rudesse du climat incita les habitants de ce village à s'implanter dans le bourg actuel. On devine encore quelques maisons sous les monticules de terre. Seule cette croix, érigée en 1863 à l'emplacement de l'église, garde la mémoire de ce passé.

    Le sabot est une production typiquement locale. Le bois est charrié l'été, et les sabots sont ensuite réalisés dans des ateliers attenants à la maison, appelés "chapoutos". Ce travail manuel requiert l'utilisation d'outils tels que le paroir ou le curoir. Généralement en hêtre, les sabots sont réputés et exportés par wagons entiers jusqu'en région Parisienne et en Bretagne. Dans les années 1920 apparaissent les premières machines permettant de donner au sabot sa forme générale. A Saint-Nicolas, le marché s'effondre vers 1946. Ci-dessous, quelques vues du bourg.

    La serve est très répandue dans la région. C'est une petite retenue d'eau formée par l'élévation d'une chaussée de blocs de granit appareillés. On la construit sur une source ou un ruisseau. Le fond est garni d'argile, et une bonde en contrôle l'ouverture et la fermeture. On peut y descendre grâce à des pierres formant saillie sur le mur. A l'origine, la serve permet d'abreuver les bêtes d'élevage. Sa présence dans un bois, par exemple, révèle l'utilisation ancienne des terrains en pacages. Parfois encore étanche, la serve est utilisée pour l'engraissement des truites.

    A l'intérieur des Bois-Noirs, entre La Chabanne et Saint-Nicolas-Des-Biefs, près du hameau "La Blettery", il y a certains arbres qui ont une forme différente de ceux que l'on peut trouver habituellement en Montagne Bourbonnaise. Ces arbres, vieux de 400 ans, bordent un sentier de randonnée où l'on aurait peur de s'engouffrer. Ils forment "l'Allée des Géants" ou "le chemin des sorcières". Les quelques rayons de soleil qui percent la forêt pour éclairer ces vieux arbres donnent un aspect magique à ce sentier où l'on se sent transporté dans un conte pour enfant. Une sorte de haie d'honneur s'ouvre à ceux qui l'empruntent.

    Sous la Terreur, plusieurs hameaux cachent des prêtres réfractaires. Celui des "Hormières" héberge jusqu'à dix-huit prêtres dans quelques maisons seulement. L'abbé Portier se voit alors remettre les pouvoirs de vicaire général par l'évêque de Clermont, Monseigneur de Bonal. Les villages d'Epalle, Goutaudier, La Bletterie, Bardonnet, Chambonière et Périasse rivalisent aussi de zèle pour soustraire les prêtres aux nationaux de Cusset. La croix du bicentenaire ci-dessous est placée à l'endroit où la messe était dite clandestinement, tout près d'une source. Plus bas, croix de 1810.

    La fontaine Saint-Nicolas, ci-dessous, est réputée pour son eau de source que les visiteurs rapportent par bidons à Roanne ou Vichy. Elle comporte un fronton, surmonté d'une statue en fonte de saint Nicolas, et de deux "bachasses", taillées dans le granit, qui reçoivent l'eau.

    Les "bachasses", fréquentes dans la commune tout comme les lavoirs, sont généralement rondes ou oblongues et servent, à l'origine, à faire boire les bêtes du bourg. Les moellons de granit sont taillés en bossage dit rustique.

    La Marianne, ci-dessous, symbole de la république Française, est érigée à la suite de la victoire électorale des républicains. L'inscription portée sur la stèle est une formulation idéologique: "1904 - sous l'égide de la république, le prolétaire est émancipé". L'époque des lois de séparation de l'église et de l'état est marquée par l'opposition locale entre les Blancs et les Rouges. Le curé Duvergier, alors prêtre de la commune, est traduit en correctionnelle pour avoir porté la main sur le commissaire du gouvernement, venu dresser les inventaires. Dernière photo: vue de la route allant de Saint-Clément à Saint-Nicolas-des-Biefs.

    Sur la commune, le Ré-des-Dieux et le Ré-de-Mussi ont pour voisin, au hameau de Gaulourdier, le menhir de la Pierre du Charbonnier (photos ci-dessous), ainsi nommée en raison de ses noirs reflets. Photos plus bas, oratoire et calvaire.