CONTES ET LéGENDES de saligny-sur-roudon: robert le diable

    Pendant longtemps, la population dût subir les exactions en tout genre d'Alexis ROBERT, seigneur de la Motte-Mourgon (1721), et de la forêt de Liernolles (1731). C'était un personnage peu recommandable, et peu fréquentable. Il avait été envoyé en exil en Bourbonnais par le régent, dont il était gentilhomme et servant.

    Selon la légende, son portrait se trouverait au château de Saligny. Il représenterait un homme au visage dur et sévère, vêtu d'un costume datant du temps de la régence. Ce seigneur avait donc mauvaise réputation, et dévalisait la région au point que la rumeur publique le désignait sous le vocable de Robert le Diable.

    Ses méfaits et vexations étaient à chaque fois étouffés, du fait de ses liens étroits avec les autorités. Cette impunité exaspérait au plus haut point la population, qui lui vouait une haine profonde. D'ailleurs, malgré ses nombreux soutiens, le régent, suite à un nouvel homicide, l'avertit fermement: "Monsieur, la grâce que vous me demandez est due à votre qualité de prince de sang, le roi vous l'accorde; mais il l'accordera encore bien plus volontiers à celui qui vous en fera autant".

    Suite à cet avertissement sans frais, Robert le Diable craignit pour sa vie, au point de chevaucher son cheval la bride entre les dents, et un pistolet armé dans chaque main. Dans un premier temps, la chance lui sourit, notamment au jeu, où il gagna le château de la forêt de Viry à Liernolles. A l'abri des murs du château, il fit construire une cage de bois et de fer où il enfermait ses victimes afin de les torturer à sa guise, et de les faire mourir à petit feu. Même méfiant, sa cruauté n'eut pas de limites.

    En effet, il tua, à coups de fusil, un braconnier. Pire, il abattit un couvreur qui travaillait en haut d'un toit. Il ria à gorge déployée lorsqu'il vit le corps roulé depuis le haut du toit jusqu'au sol. C'en fut trop pour les villageois. Dès lors, ils multiplièrent leurs requêtes afin que cesse les agissements de ce seigneur. Ils ne cessèrent d'harceler le régent de leurs doléances jusqu'à ce que celui-ci cède. Et, c'est ce qu'il fit.

    Ce dernier en eut assez, et décida de mettre un terme aux crimes de Robert le Diable, jusqu'alors restés impunis. Mais comment faire? Le scélérat était sur ses gardes et était rusé! Ce démon devait bien avoir un point faible, et il était hors de question de l'attaquer frontalement! Une des connaissances du bandit, ne supportant plus cette impunité, décida de passer à l'action. Il était impossible de faire sortir Robert le Diable hors des murs de son château? Très bien, lui irait le chercher directement à l'intérieur! Son plan était simple: jouer sur la vanité du meurtrier, et le prendre à son propre piège!

    Faisant fi de toute peur ou crainte, ce seigneur se rendit au château de la forêt de Viry, et demanda à voir Robert le Diable. Ce dernier accueilli chaleureusement son ami, et le questionna sur sa venue. Pas impressionné, le seigneur demanda à voir cette fameuse cage en bois et en fer, dont on ne cessait de louer les avantages.

    Flatté, Alexis ROBERT ne se fit pas prier, et lui montra l'objet de torture. Peinant à retenir son dégoût à sa vue, le seigneur n'hésita pas pourtant à paraître perplexe devant son hôte. "Qu'y a t'il?" demanda Robert le Diable. "Mais elle est trop basse pour que des prisonniers puissent s'y tenir debout!" répondit le seigneur.

    Quelque peu interloqué par la remarque, Robert le Diable rétorqua: "Non! Vraiment? Moi qui suis d'une assez haute taille, je m'y promènerai sans courber la tête!"  Le seigneur osa la provocation: "C'est impossible!"  Vexé, Alexis ROBERT entra dans la cage pour prouver à son hôte son erreur de jugement, et lui faire remarquer en même temps sa désinvolture de ton peu appréciée.

    Mais, à peine se redressait-il, tout fier, que le seigneur claqua précipitamment la porte et la ferma à double-tour. Il en était fini de Robert le Diable.