souvigny: patrimoine

    voies romaines et vieux chemins

    Au lieu-dit l'Eglantier, furent découverts une fondation Gallo-Romaine de grande puissance, ce qui laisse supposer qu'il y eut en cet endroit un important édifice. Une portion de voie Romaine se voyait près de ce lieu et, en plusieurs points, des restes d'habitations de la même époque.

    Vers ce lieu-dit, la voie d'Autun devait se raccorder à une autre, venant de Montluçon, par le Montet. Elle continuait sur Souvigny, arrivait en bordure nord de l'emplacement où fut édifiée l'église, passait par la Couronne et empruntait le chemin qui conduisait au château de Besnay. Sur ce chemin, on peut encore apercevoir les restes du pavage de la route royale, puis impériale, qui a succédé à la voie Romaine. Les énormes pierres margines qui existaient autrefois ont disparu. Le tracé de la route impériale fut rectifiée en 1852, et le chemin de Besnay abandonné par la Nationale 145.

    Sur le chemin de Besnay, des fouilles ont permis  d'exhumer un empierrement confus de 60 centimètres d'épaisseur, reposant sur un lit de pierres plates, de dimensions moyennes. Ce chemin a été remanié à diverses époques par les moines du puissant prieuré. En bordure de la voie, notamment vers l'église, ont été mis à jour des cercueils de forme quadrangulaire, creusés dans des troncs d'arbre. L'usage de ces cercueils a été formellement constaté à la fin du IIIème et au IVème siècles.

    église prieurale saint-pierre et saint-paul

    Cette église, classée Monument Historique en 1840, appartenait à l'ancien prieuré bénédictin de Souvigny (950-1792). Elle est devenue paroissiale après la révolution Française, l'église saint Marc ayant été vendue comme bien national. Un ancêtre des Bourbons, Aymard, donne en 916 aux moines de Cluny des terres à Souvigny. Vers 950, commence une vie monastique suivant la règle de Saint Benoît: "ora et labora", soit "prie et travaille".

    Souvigny se développe rapidement, grâce à la présence des deux grands saints morts et enterrés à Souvigny: Mayeul et Odilon, respectivement quatrième et cinquième abbé de Cluny. La commune devient un lieu de pèlerinage important, aidée en cela par l'inhumation dans la prieurale des membres de la famille des Bourbon, dont le prestige n'a fait que croître jusqu'au XVIème siècle. Une grande église de pèlerinage est progressivement construite. Après 850 ans, en 1792, la vie bénédicitine cesse.

    Le plan de l'église date globalement de l'époque romane. Il semble que cet édifice comporte d'abord une seule nef, et soit couvert en charpente. Au XIème siècle, sont construites les collatéraux et les voûtes. Le décor des collatéraux est influencé par la sculpture Berrichonne du début du XIIème siècle. Un nouveau chevet est bâti, ainsi que deux transepts non saillants. Le vocabulaire ornemental utilisé est emprunté à Cluny: arcs brisés, mouluration classique, colonnes engagées et pilastres cannelés.

    Une nouvelle façade occidentale est également édifiée, comprenant deux tours qui encadrent une chapelle haute, située au-dessus de l'entrée de l'église et dédiée à saint Michel. L'avant-nef, dont il reste de nos jours des vestiges, à l'extérieur de l'église, peut dater de la fin du XIème siècle. L'église est tournée vers l'est, d'où se lève le soleil, symbole du Christ, Lumière du monde, dont le nom est Orient, et d'où Il reviendra à la fin des temps.

    L'église comprend 5 vastes nefs de 84 mètres de long et 17 mètres sous voûtes, en raison des nombreux pèlerinages. La grande nef centrale est de style gothique flamboyant. Elle a été restaurée au XVème siècle. Une lierne relie les clefs de voûte et guide le regard jusqu'au chevet de l'église. Les nefs jusqu'au transept sont peintes d'après les couleurs d'origine.

    Deux bas-côtés étroits étroits de style roman sont visibles.Ils datent de la fin du XIème siècle.Un élargissement au XIIème siècle, portant l'édifice à 5 nefs à cause des nombreux pèlerins.Cela donne un plan semblable à la grande abbatiale Cluny III: 5 nefs et 2 transepts.

    Le tombeau de Saint Mayeul et Saint Odilon. Du XIIIème siècle à la révolution Française, un grand mausolée pour les deux saints s'élevait dans la nef. Il fut détruit en 1793. Des fouilles archéologiques, au début des années 2000, ont mis à jour un caveau empli de ses débris, ainsi qu'un sarcophage Mérovingien ayant contenu le corps des deux saints (1095-1345). En 2008, le mausolée est reconstruit, et les gisants des deux saints, datant de 1225 environ, sont recomposés à partir de 2 144 morceaux retrouvés. Ils sont tournés vers le visiteur ou pèlerin qui entre dans l'église, comme pour l'accueillir.

    Les traces ci-dessous représentent l'emplacement de l'ancienne barrière de choeur qui isolait le tombeau et les moines des fidèles et des pèlerins. Lors de votre visite, vous constaterez un trou dans le tombeau des deux saints. Les pèlerins plaçaient leur main nue ou pourvue d'un quelconque tissu dans l'orifice et touchaient les reliques, geste leur apportant protection et témoignant une fois de plus de la vénération qu'ils apportaient aux saints qu'ils venaient prier.

    Les fronts de deux abbés sont usés, témoignant ainsi de la vénération de générations de pèlerins venus ici les prier.

    Dans la partie haute, se dresse le retable de l'Immaculée Conception de 1524, mais détérioré à la révolution. Il est représenté par un buste défiguré de Dieu le Père, coiffé de la tiare, surmonte une représentation de la Vierge Marie, debout les mains jointes.

    Dieu le Père bénit Marie, ce que montrent des rayons descendant sur la tête de Marie (photo ci-dessous), illustrant ainsi son privilège d'être Immaculée Conception, c'est-à-dire préservée du péché originel, et de n'avoir pas besoin de baptême. Cette croyance, en discussion au XVème siècle, mais de plus en plus partagée, reçoit un appui de la papauté en 1477, ce qui est vécu comme un triomphe et donne naissance à ce genre de représentation. Cela ne sera un dogme catholique qu'en 1854. Elle est résumée par cette phrase de la Bible, qui figurait sur la banderole sous Dieu le Père et dite par Lui: "Tu es toute belle, mon amie, et il n'y a pas de tâche en toi".

    Quinze symboles bibliques illustrent cette croyance. En voici six d'entre eux ci-dessous:

    Une étoile car elle est étoile de la mer.

    Un lys car elle est un lys parmi les épines.

    Miroir sans tache.

    Un  soleil et une lune car Marie est radieuse comme le soleil, belle comme la lune.

    Porte du ciel.

    Jardin clos.

    L'armoire aux reliques date de 1444. Autrefois, saint Mayeul et saint Odilon étaient inhumés dans la nef. Dom Chollet entreprit la construction de cette armoire. A deux étages, elle monte à 5 mètres. Elle est en pierre sculptée, à décor flamboyant, et possède quatre niches fermées par des portes en bois peint. Les panneaux supérieurs représentent des scènes mal identifiées, peut-être des miracles survenus à Souvigny.

    Avant la révolution, les bustes reliquaires des deux saints, représentés sur les portes inférieures, se trouvaient dans l'armoire. Lors des grands pèlerinages, les portes étaient ouvertes pour que les pèlerins puissent prier devant ou transportés solennellement. Ils ont été détruits à la révolution. Les reliques des deux abbés demeurent encore dans cette armoire. Ci-dessous, leurs portraits réalisés par un artiste peu inspiré. A gauche, saint Mayeul, et à droite saint Odilon.

    A noter que les deux tableaux ci-dessous, situés au-dessus des portraits des deux abbés n'ont jamais été restauré, et restent donc d'époque. Nous ne serions vous décrire les scènes qu'ils représentent.

    La Chapelle Vieille fut fondée en sa forme actuelle en 1375 par le duc Louis II de Bourbon pour y être inhumé. Elle est située sous le transept méridional, et remonte au XIIème siècle. On peut voir des arcades en mitre, et de très remarquables chapiteaux romans. Louis II la fit orner de riches corniches et socles pour statues, d'une très belle crédence et d'un oratoire.

    Elle fut fermée par une balustrade de pierre à très fines sculptures et petites rosaces formant un motif de feuilles de trèfle. Au fond, un oratoire pour participer à la messe de requiem, ou messe pour un défunt, célébrée chaque jour sur l'autel avant la révolution.

    Le mausolée, qui est au milieu de la chapelle, abrite les corps de Louis II et de sa femme, Anne Dauphine d'Auvergne. On notera l'élégance des vêtements et des coiffures.  Dans le même caveau reposent le duc Jean Ier et sa femme Marie de Berry, François Monsieur, frère du connétable Charles III dernier duc de Bourbon.

    De nombreuses signatures et "graffitis" de seigneurs venus en pèlerinage à Souvigny sont encore très nettement visibles sur l'ensemble de la sépulture. Les visages de Louis II et de son épouse, tout comme le mausolée ont été endommagés pendant la révolution. Petite anecdote: dans leur précipitation, les révolutionnaires ont oublié d'effacer les fleurs de lys, gravées sur le collier du chien couché au pieds de Louis II, symbolisant la fidélité.

    Le soubassement de pierre blanche est orné d'écussons des Bourbons alternant avec des ceinturons portant la devise "Espérance".

    Les dais qui couvrent leurs têtes sont ornés, sur leurs faces postérieures, de bas reliefs figurant la crucifixion du Christ et le couronnement de la Vierge.

    Des peintures au plafond du XVème siècle, aux très belles couleurs, ont été retrouvées et restaurées en 2014. Au centre, le Christ semble bénir le mausolée, entouré d'anges musiciens..

    A travers la fine clôture de pierre, nous pouvons admirer une magnifique Mise au tombeau du Christ, travail Flamand du XVIème siècle. Le visage de saint Jean est particulièrement remarquable, ainsi que son geste de compassion envers la Vierge. Cette oeuvre est caractérisée par l'utilisation du bas-relief et du haut-relief, de façon à faire paraître plus proches les personnages et le corps du Christ, accentuant l'impression d'une présence divine. Ce fut un des très rares monuments non mutilés pendant la révolution. En effet, les moines, sachant les révolutionnaires tout proches, ont tout simplement retourné l'oeuvre face contre le mur, lui permettant ainsi d'échapper à la vindicte populaire. En effet, ils ont tout simplement penser que ce n'était qu'une simple pierre posée là ou un objet sans importance.

    C'est dans l'ancien choeur que les moines bénédictins chantaient l'office monastique, principalement composé de psaumes de l'Ancien Testament. Chaque jour, environ 100 psaumes étaient priés en chantant, soit près de six heures par jour de prière et de choeur. Les stalles, dotées de miséricorde, demi-siège apparaissant lorsque le siège est relevé, contribuaient au recueillement des frères en position debout. de 950 à 1792, s'est élevée la prière monastique des moines de Souvigny, soit pendant 850 ans environ.

    Cet autel, ci-dessous, de la fin XVIIème siècle, est en marbre multicolore, et est l'oeuvre de Pierre Sac. A cet endroit, est prié l'office composé principalement des psaumes. Plus bas, fonds baptismaux de 1626.

    Le déambulatoire repose sur une crypte, et présente la particularité d'être à trois chapelles axiales. Du milieu du XIIème siècle, il a été remanié au XVème siècle. Deux styles se rencontrent harmonieusement dans les chapelles rayonnantes. Les arcatures romanes, par exemple, sont surmontées de voûtes gothiques.

    En plus du vitrail représentant saint Louis, nous pouvons admirer de magnifiques chapiteaux, de haut en bas: des oiseaux buvant dans une coupe, symbole eucharistique, des musiciens avec une viole, une sirène vainqueur d'un centaure, symbole du Christ vitorieux.

    Aménagée à partie de 1448 à la demande de Charles Ier, duc de Bourbon pour y être enterré avec sa femme Agnès de Bourgogne, la Chapelle Neuve est composée de deux travées, d'un chevet à trois pans, et d'un bel ogival flamboyant. L'emblème du duc Jean II, la grenade enflammée, se retrouve dans la décoration de la clôture de pierre et des clefs de voûtes.

    Cette chapelle, avec deux beaux gisants reposant sur un plateau de marbre noir dont le soubassement de marbre blanc est sculpté de pleurants, est un bel exemple du gothique flamboyant. Reposent également entre ses murs: Jean II, Pierre II, Anne de Beaujeu fille de Louis XI et régente du royaume de France, Suzanne épouse du connétable, la fille illégitime de Louis XIV et de Madame de Montespan Louise Marie de Bourbon, et le prince Sixte de Bourbon Parme, frère de l' impératrice Zita et négociateur d'une paix séparée entre la France et l'Autriche en 1917 qui n'aboutira malheureusement pas.

    Le chapiteau dit "le dialogue des sourds" ci-dessus représente des personnages qui se bouchent les oreilles avec leurs poings. La distorsion des figures l'apparente à la série des chapiteaux d'influence Berrichonne du bas-côté extérieur nord de l'église.

    Le chapiteau dit "des Monnayeurs" ci-dessous rappelle que le prieuré a eu le droit de battre monnaie, droit rattaché par le roi de France jusqu' en 1321, privilège immense pour un monastère qui n'a pas rang d'abbaye. ce chapiteau est également l'une des seules traces du premier chevet de l'église. On découvre sur les différentes faces, de haut en bas: la frappe des pièces, la pesée et la mise en sac, le transport des pièces.

    A la croisée des transepts, se dresse un maître-autel du XVIIème siècle en bois. Cette grande croix du XVIème siècle est une reproduction du Christ de la cathédrale de Sens.

    Ci-dessous, Vierge en majesté en bois du XIIème siècle, classée Monument Historique en 1918. Marie est ci-dessous élégamment vêtue d'un costume aux nombreux plis. Sa tête a disparu, de même que le corps entier de l'Enfant. Au dos de la statue, une niche est creusée, servant d'armoire à reliques ou de réserve eucharistique. Le trône de la Vierge, témoin précieux du mobilier roman, se compose de deux étages d'arcades en plein cintre, surmontés, aux angles, de quatre petites boules.

    Vierge à l'Enfant en pierre polychrome du XVIème siècle. Classée Monument Historique en 1911.

    Statuette de sainte Madeleine en pierre du XVème siècle, au visage arrondi et à la pose maniérée. Classée Monument Historique en 1902.

    Vierge à l'Enfant avec saint Jean-Baptiste enfant. Ce dernier est revêtu d'une peau de mouton et offre à son cousin Jésus un agneau, symbole du sacrifice du Christ. Classée Monument Historique en 1902.

    Cette Vierge de pitié en pierre polychrome du XVIIème siècle, est de facture naïve et d'allure rustique. Classée Monument Historique en 1911. Elle remplace une piéta mutilée (photo plus bas).

    Les vitraux du choeur représentent, de haut en bas: la Vierge Marie et saint Michel archange, saint Paul et des apôtres, et saint Maïeul et saint Odilon. Le thème de saint Michel terrassant le dragon symbolise la lutte du bien contre le mal, la victoire du Christ sur le démon. Au XVème siècle, le saint devient le protecteur attitré de la monarchie Française, et représente, pendant la guerre de Cent Ans, la lutte de la France contre les Anglais. L'archange est vêtu comme un chevalier de la fin du Moyen-Age, et porte la lance crucifère.

    D'autres vitraux décorent cet édifice comme ci-dessous avec de haut en bas:  saint Mayeul, saint Pierre, saint Paul, saint Odilon, une vue d'ensemble des vitraux, puis les blasons des Bourbons, de Souvigny, et du Bourbonnais.

    Depuis deux siècles, l'orgue érigé sur la tribune occidentale, autrefois consacrée à saint Michel, prête sa voix à l'église, et contribue à l'éclat de cérémonies. Les armes du prieur claustral dom la Croix orneraient le panonceau de l'ange musicien qui domine la tourelle centrale du grand buffet. Trois inscriptions sur parchemin collées à l'intérieur des sommiers de pédale et de positif attestent de son origine: "Fait par M. Clicquot facteur d'orgue du Roy", "Faite à paris le 25 may 1782", "Cet orgue a été fait à neuf par François-Henri Clicquot facteur d'orgue du Roy en 1783 du règne de Louis XVI et du trianat de Dom La Croix prieur de Souvigny". Classé Monument Historique en 1947.

    La peinture murale de saint Laurent ci-dessous date du XVème siècle. Dans un cadre rectangulaire à fond rouge, saint Laurent, vêtu de la dalmatique noire du diacre, porte le Livre de l’Evangile et le gril, emblème de son martyre. Daté du XIVème siècle, il a permis de localiser le lieu d’inhumation des saints abbés Mayeul et Odilon près de l’un des piliers nord de la nef. Peut-être surmontait-il un autel ?  Originaire d’Aragon, Laurent a été diacre du pape Sixte II, mais aussi le bienfaiteur des pauvres auxquels il distribuait des aumônes. Victime de la persécution de Valérien, il subit le martyre en août 258.

    Cette photo montre la porte par laquelle les nobles entraient dans l'église. A l'époque, on ne mélangeait pas le peuple à la "haute société".

    A droite, sur le déambulatoire, s'ouvre la sacristie réalisée à partir de 1769 sur l'emplacement de l'église primitive et de la chapelle Notre-Dame-des-Avents. C'est une vaste salle rectangulaire, couverte d'une coupole ovale. Les murs sont ornés de boiseries historiées à médaillons, et de peintures. Ces sculptures représentent des scènes bibliques de l'ancien Testament, ce qu'il y a dans le temple de Jérusalem, l'Arche d'Alliance, l'autel des sacrifices, l'autel des parfums, la table des pains de Proposition, le chandelier à sept branches, les tables de la loi, le serpent d'airain. Classé Monument Historique en 1902.

    La très vieille chapelle de Notre-Dame-des-Avents a vu mourir Saint Odilon sur un lit de cendres. Elle aurait pu être la première église de Souvigny, celle donnée par les Bourbons aux moines de Cluny. Cette dernière servait de sacristie, et était en mauvais état. Les peintures sont d'un beau coloris que le temps n'a pas terni, et représentent les symboles des quatre Evangélistes: l'ange pour Matthieu, le lion pour Marc, l'aigle pour Jean, et le boeuf pour Luc. Son mobilier est d'origine.

    Puis arrivent des faisceaux religieux ou culturels: vases sacrés, la tiare, la mitre, la crosse, l'encensoir, l'épi de froment, la grappe de raisin. Dix-huit portraits ou médaillons plus petits représentent la Vierge, le Christ, saint Pierre, saint Paul, saint André, saint Jacques, saint Jean, saint Benoît, sa soeur sainte Scholastique, dont l'âme s'envole sous la forme d'une colombe. Le visiteur pourra également observer quatre figures de Papes, qui sont les quatre Papes sortis de l'ordre de saint Benoît, et deux portraits d'abbés mitrés, probablement Saint Mayeul et Saint Odilon. La sacristie contient également quatre placards bas, dont un chapier à tiroir pivotant permettant le rangement à plat des vêtements liturgiques. Parmi ceux-ci, une chasuble blanche, doublée de soie rouge, ornée de broderies aux décors végétaux.

    Les médaillons qui ornent les centres des panneaux sont particulièrement animés: la Pâque où les Hébreux mangent l'agneau Pascal, dans un décor dix-huitième, avec les hosties qu'emplissent la panière. On aperçoit d'un côté le bâton du départ en main et par les fenêtres, la mise à mort des enfants Egyptiens par l'ange exterminateur, de l'autre les beaux raisins de la terre promise.

    On est surpris aussi de voir que David n'est pas un fragile adolescent, mais un bel homme à la barbe drue. Samuel, dans le temple, n'a rien non plus d'un enfant de choeur. La vie de Samson est racontée en épisodes superposés: la mâchoire d'âne, le feu dans la moisson, le combat contre les Philistins, les cheveux coupés sur le billot. Parmi les personnages, la belle figure de saint Pierre trahit son angoisse, son remords, son humilité, sa confiance.

    Le Christ en ivoire est une sculpture très expressive. Le traitement, par le léger déhanchement du corps et la calme douleur du visage, s'éloigne de la dramatisation baroque. Classé Monument Historique en 1911. Nous yeux peuvent également se poser sur le buste si vivant de Dom Chollet, classé en 1970, l'ecce Homo, des petits reliquaires du XVIIIème siècle, malheureusement vermoulus, qui présentent un apôtre, un Père de l'église, deux moines bénédictins.

    autour de l'église prieurale saint-pierre et saint-paul

    Au XIVème siècle, la prieurale présente des signes de ruine. En 1376, la chapelle vieille est aménagée dans le transept pour servir de tombeau au duc Louis II de Bourbon. A partir de 1432, dom Chollet commence une restauration de l'édifice, qui lui donne son aspect gothique. Le rond-point et le déambulatoire sont remaniés, les voûtes rehaussées. Un nouveau portail vient englober le massif roman et un cloître gothique remplace celui de l'époque romane.

    La chapelle neuve est construite en 1448, au nord du choeur, pour recevoir le corps du duc Charles Ier de Bourbon. De 1680 à 1732, une nouvelle campagne de restauration vise uniquement les bâtiments monastiques. En 1772, l'ancienne chapelle Notre-Dame-Des-Avents est remplacée par la sacristie. Pendant la révolution, l'église, devenue lieu de réunion publique, est sauvée. Son trésor liturgique est cependant pillé et les tombes sont saccagées.

    Aujourd'hui, la prieurale a sensiblement gardé son aspect du XVème siècle, mais le cloître gothique est pratiquement entièrement détruit. Il n'en reste qu'une aile ci-dessous.

    De nos jours exposée au musée, ces reliefs ci-dessous sont placés, avant 1830, sur le parement intérieur du mur de façade de l'église. Connus sous le nom de Tombeau de saint Maïeul, leur fonction originelle reste inconnue. Il peut s'agir d'éléments d'un enclos funéraire, celui de saint Maïeul et de saint Odilon, ou bien de fragments d'une clôture de choeur comparable à celle de Cluny III. Le traitement des personnages et le style décoratif apparentent ces reliefs aux deux tympans de l'église de la Charité-sur-Loire, datés des années 1150. Photo ci-dessous: propriété du musée.

    La colonne du zodiaque est un monolithe de section octogonale, sculpté de compartiments figurés sur ses faces principales, et d'un décor sur ses faces secondaires. Elle fut retrouvée parmi les décombres laissés par les révolutionnaires. Les quatre faces figurées représentent les mois de l'année, les signes du zodiaque, les animaux et enfin les peuplades fabuleuses des contrées reculées de la terre. Photo ci-dessus, l'espace où se situait la colonne, mais cela ne reste qu'une supposition. Les signes du zodiaque rappellent que l'astronomie faisait partie des sept matières étudiées dans le cursus universitaire, car l'homme qui vit du travail de la terre doit aussi lever les yeux vers le ciel pour acquérir la connaissance.  La colonne, d'influence Clunisienne, propose une vision de l'espace et du temps qui permet au moine d'enrichir sa méditation. Classée Monument Historique en 1902


    Le temps est représenté par les travaux des mois de l'année sur une face. Seuls les mois d'août pour le battage du blé, de septembre pour les vendanges, d'octobre pour pour la glandée des porcs, de novembre pour les labours et de décembre pour le repas de Noël sont présents.

    Les autres mois figuraient sur la partie basse manquante. Leur description provient des récits Grecs des IVème et IIIème siècles av. J.-C., repris par Pline l'Ancien dans son Histoire Naturelle.

    Les signes du zodiaque sont représentés. L'espace est représenté sur une face par des peuples parmi les plus étranges, et sur l'autre par des animaux fabuleux (photos ci-contre est la propriété du musée).

    la porterie

    La porterie de 1670, comme le signale le cartouche situé dans la partie supérieure de la construction, donnait accès à la maison du prieur. Ce portail fut élevé à la suite des réformes occasionnées par la signature du Concordat de Bologne conclue entre Léon X et François Ier en 1516, donnant au roi de France le droit de nommer lui-même évêques, prieurs et abbés. Ainsi, le roi désignait des abbés commendataires qui n'avaient pas toujours fait profession monastique, et qui résidaient fort peu au monastère.

    Cette construction témoigne d'une grande richesse et d'une certaine noblesse digne d'un grand seigneur. Le pavillon est surmonté d'une tour carrée et coiffée d'un toit à l'impérial. Elle était le point de passage obligé et lieu d'accueil pour tous les visiteurs du monastère. Elle a été restaurée vers la fin du XVIIème siècle, et est ornée d'un écusson aux armes du prieur de Souvigny, bûché à la révolution. Classée Monument Historique.

    le logement du prieur

    Le logement du prieur, placé au plus près de l'église prieurale, se signale par une porte monumentale qui donnait accès à une cour carrée autour de laquelle s'élève la maison des religieux.. Il a été reconstruit en même temps que les autres bâtiments monastiques. Il date des XVIIème et XVIIIème siècles, et a été Inscrit aux Monuments Historiques en 1990. La façade visible du prieuré accueillait la porterie du monastère et la salle des hôtes.

    le logement des moines

    Inscrit aux Monuments Historiques en 1990. Après l'introduction de l'Etroite Observance, réforme interne à l'ordre Clunisien, en 1634, le prieuré de Souvigny connaît une nouvelle période d'expansion. Les bâtiments monastiques, notamment les cellules des moines, sont entièrement reconstruits entre 1680 et 1732.

    la maison odilon

    les jardins du prieuré

    l'église saint-marc

    L'ancienne église saint Marc était autrefois église paroissiale. Aujourd'hui, après avoir été restaurée au début du XXème siècle, c'est un auditorium dans lequel concerts, expositions, et conférences ont lieu. Elle relevait du diocèse de Clermont, et dépendait du prieuré Saint-Pierre et Saint-Paul de Souvigny, dont elle était séparée par un cimetière. Classée Monument Historique en 1862, elle comporte une nef de cinq travées, terminée à l'origine par une abside semi-circulaire.

    Les collatéraux munis de leur absidiole sont voûtées d'arêtes et séparés de la nef par des arcades en arc brisé. Les piliers sont cantonnés de pilastres cannelés ou de colonnes engagées, couronnées indifféremment de chapiteaux corinthiens ou à rinceaux entrelacés. Après l'effondrement de la voûte, une restauration est entreprise au XVIIème siècle.

    La nef est alors couverte d'un berceau en bois et prolongée à l'ouest. Elle est flanquée de deux bas-côtés et compte cinq travées inégales. Le chevet semi-circulaire, disparu à la révolution, était flanque de deux absidioles. Le clocher a été entièrement détruit. Nous pouvons apercevoir à l'extérieur de l'édifice une décoration faite de modillons à copeaux et de cordons de billettes.

    Désaffectée et vendue comme bien national pendant la révolution, l'église sert par la suite de marché couvert, d'entrepôt et de grange. Son intérieur est agrémenté d'un portail trilobé et sculpté, qui a été dégagé dans le mur du collatéral nord à la fin du XXème siècle. Les voussures reposent sur des colonnettes à chapiteaux également sculptés.

    l'ancien château

    Porte permettant d'accéder à la première cour, vue de l'intérieur de la cour.

    Porte permettant d'accéder directement à la seconde cour. Vue de l'extérieur de l'enceinte.

    Il ne subsiste que des vestiges de l'ancien château de Souvigny, dit château des Bourbons. Inscrit Aux Monuments Historiques en 1931, il comprend encore des façades de logis seigneurial présent autour d'une première cour. Une porte ogivale permet le passage vers une seconde cour, celle des communs probablement, dont l'entrée est marquée d'un porche.

    La grange ci-dessous, plus récente que le logis seigneurial, est située dans la seconde cour du château. Elle présente, sur le mur du fond, une ancienne cheminée de logis.

    Pendant la révolution, le Directoire fait estimer "l'auditoire, prison et conciergerie de la ci-devant châtellenie". Mais le bâtiment menace de tomber en ruines, et un propriétaire voisin, craignant l'écroulement, demande la destruction de la prison et de la chapelle Sainte-Catherine du château, ce qu'il obtient partiellement. Une partie de la chapelle est encore visible sur la rue, dont il reste un petit portail trilobé, jouxtant l'église paroissiale Saint-Marc.

    Le portail d'entrée du château présente un système défensif ingénieux: ses dimensions importantes permettaient à un grand nombre de soldats de s'y engouffrer. L'accès est assuré par deux portes successives dont les ventaux s'ouvrent tous les deux vers l'intérieur. Au travers de la meurtrière placée à l'intérieur du porche, les défenseurs délivraient une volée de mitraille sur les intrus, et les corps s'accumulaient au pied de la seconde porte, rendant difficile son ouverture.

    Le logis était composé d'une haute tour visible de la rue qui évoque un poste de garde, d'un colombier, d'une cuisine (bâtiment à part du reste de la demeure), d'un four, d'un garde-manger, d'ateliers de sculpture de pierre et de vitraux, et de diverses pièces de logement néanmoins peu nombreuses. A partir du XIVème siècle, Louis II y installe son hostel puis, en 1374, la Chambre des Comptes transférée par la suite à Moulins. A cause de la proximité des moines, le château ne peut présenter ses attributs militaires, et demeurera un hôtel particulier.

    Cette résidence se composait de plusieurs bâtiments. Son architecture n'est pas spectaculaire, mais il subsiste encore de nombreux témoignages des éléments décoratifs que les ducs et les duchesses y avaient fait apporter. Les pièces communes occupaient l'essentiel de la demeure. la grande salle était protégée par un préau. Les bâtiments à usage résidentiel étaient constitués d'un assemblage de pièces réunies entre elles par des galeries de bois. On note une grande importance des bâtiments "communs" par rapport aux appartements privés. Le logement du concierge était indépendant, doté de sa propre cuisine.

    Au début du XVème siècle, la cuisine, qui avait succédé à une "vieille cuisine", qui ne fut abattue qu'en 1499, était un bâtiment à part de la demeure. Elle communiquait directement sur la cour, où se trouvait un puits. Ainsi, les fumées et les odeurs n'incommodaient pas les bâtiments à usage de résidence. Devant la cuisine, une galerie  permettait de gagner le "petit pourtal" du château. A côté de la cuisine, on trouvait un four où était cuit le pain par exemple, un garde-manger au rez-de-chaussée, et une cave bien fournie permettait d'entreposer ce qui était nécessaire à l'approvisionnement de la cour ducale.

    Des ateliers avaient été prévus pour les artisans travaillant pour les ducs. Le commun disposait d'installations sanitaires. Dans la chambre de la duchesse, se trouvait une cheminée, luxe qui lui était réservé. Chaque appartement devait se composer d'une chambre haute, d'une chambre basse te d'une garde-robe. Ils disposaient de "retraits" carrelés, mais chichement éclairés. La vaisselle et le mobilier étaient rares: des bancs, des tables, des tréteaux, en chêne ou en sapin, bien souvent usagés.

    Anne Dauphine, femme de Louis II, demeure fréquemment à Souvigny entre 1382 et 1417. Puis, Anne de Beaujeu, fille de Louis XI et femme de Pierre II, duc de Bourbon séjourne également en ces lieux. Elle agrandit de deux bâtiments supplémentaires la résidence ducale qui demeura assez rustique, ce qui conduisit à son abandon.

    le château de la matray

    L'actuel château de la Matray, Inscrit aux Monuments Historiques en 1975, résulte d'une campagne d'extension et d'aménagements, menée vers le XVIIème siècle, afin de transformer l'ancienne maison forte en résidence confortable. Une enceinte autour du château garde les vestiges de deux tours circulaires.

    Les bâtiments, entourés de douves, s'ordonnent en U autour d'une cour. Une tour à pans coupés du XV7me siècle, occupe l'angle ouest. Elle contient l'escalier à vis desservant l'étage et le comble de l'ancien logis, et présente des ouvertures moulurées.Le logis principal, en fond de cour, est décoré d'un fronton interrompu et comprend un escalier en pierre à trois volées et mur d'échiffre.

    Certaines pièces présentent encore des cheminées anciennes. Une salle carrelée de tomettes et ouverte de deux baies ogivales est aménagée en chapelle. Au préalable, après l'irruption des Anglais, Jean Seguin, secrétaire et trésorier du duc Louis II, obtint en 1386 l'autorisation de relever  les fortifications de la Matray. En 1149, une autre autorisation est accordée pour dresser un pont-levis. Les douves, la tour et les murs du corps principal dateraient de cette époque.

    la maison des voûtes

    La maison des Voûtes, ci-dessous, Inscrite aux Monuments Historiques en 1982, est située à proximité du prieuré, hors de la clôture. Elle est souvent présentée comme étant l'ancienne maison des Voûtes signalée dans un acte de Cluny en 1408. Cette maison est ainsi nommée à cause de son recouvrement au rez-de-chaussée.

    Il subsiste cinq travées voûtées d'arêtes, prolongées à l'est par une travée plus grande et d'une architecture plus soignée. Peut-être s'agit-il d'une chapelle ou de l'hostellerie des pèlerins. Vers la moitié du XVIIème siècle, le bâtiment a été transformé en un couvent de bénédictines, fondé par le capitaine et châtelain de Souvigny, Jean de Minerolles. Les religieuses demeurent sur la commune jusqu'en 1792.

    logis du xvème/xvième siècle

    Ce logis du XVè/XVIè siècle présente encore, sur rue, une façade arrière marquée d'éléments anciens, comme une tourelle d'escalier coiffée en pavillon. Par la suite, elle est intégrée à un ensemble formé de trois corps de bâtiments disposés en U autour d'une cour fermée par une grille. Sous la tourelle d'escalier, la porte d'entrée ci-contre présente un décor mouluré comprenant, entre autre, deux petits chapiteaux sculptés. Dans la salle principale, se dresse une ancienne cheminée à vastes dimensions.

    la maison forte de chéry

    La maison forte de Chéry ci-dessous, cachée par une épaisse floraison, Inscrite aux Monuments Historiques en 1975, est un manoir flanqué d'une tour ronde et doté d'une cour intérieure datant de la fin du XVème siècle. Entouré de douves aujourd'hui comblées, il est considéré comme l'un des lieux les plus anciens de la région. Une tour d'escalier dessert un logis dont la façade présente des portes et des fenêtres à arcs en accolade. Ce bâtiment devait être, à l'origine, flanqué de deux autres tours. Vers le XVIIIème siècle, une extension, accolée perpendiculairement à l'édifice, vient former une cour. Les seigneurs de l'époque cherchaient un plus grand confort, agrandissant leurs demeures ou perçant les murs de ces dernières de grandes fenêtres. A l'intérieur du logis, les sols sont pavés de tomettes , et deux vastes cheminées subsistent (pas de photo disponible).

    le château des chaulets

    Le long corps de logis du château des Chaulets de 1780, en fond de cour, présente un plan rectangulaire couvert d'une toiture à croupes. A l'origine, ce fut un rendez-vous de chasse, à la porte de la forêt de Moladier avec ses huit cents hectares de hêtres. Il est composé d'un rez-de-chaussée et d'un niveau de comble. Un avant-corps central rompt la monotonie de la rigueur classique par sa surélévation à trois fenêtres et oeil-de-boeuf, et son chaînage de pierres moulurées ainsi qu'avec des encadrements de pierre.

    L'avant-corps central, soulignant l'entrée principale, se distingue par son étage supplémentaire et la petite lucarne à l'oeil-de-boeuf couronnant la travée de la porte. La façade et les lucarnes sont de style classique. Les proportions équilibrées, la symétrie et l'utilisation du grès, en décoration, annoncent le style des demeures bourgeoises Bourbonnaises de la première moitié du XIXème siècle. Inscrit aux Monuments Historiques en 1976.

    le château de montaret

    Le château de Montaret fut reconstruit au XVème siècle. Ce fut un point de défense important. Par exemple, en 1464, le duc de Bourbon ordonna aux gens du guet de la châtellenie de Souvigny d'aller monter la garde au château de Montaret. Ce dernier fut restauré au début du XXème siècle, mais un incendie le détruisit en 1929. Il n'en reste que des ruines.

    la gentilhommière de besnay

    La gentilhommière de Besnay a pu être une maison forte de la fin du Moyen-Age. La construction actuelle, composée d'un corps de logis anglé de deux tours circulaires, a conservé une tour ronde, plus importante en pignon et qui garde les caractères du XVème siècle.

    le château d'embourg

    Le château d'Embourg possède encore une tour ronde à archères du XVème siècle, mais le bâtiment est du XIXème. Les communs datent, de leur côté, du XVIIIème siècle.