exécutions à tréteau

    Tréteau connut à la libération des heures douloureuses. Trois de ses habitants furent exécutés par des concitoyens passés au maquis. Pierre Dubost, exploitant agricole, demeurait dans une grande maison bourgeoise, au lieu-dit Les Pessonnets. Ancien combattant de la guerre de 1914-1918, il fit tout naturellement partie de la Légion Française des combattants de Pétain, où il n'eut aucune activité spéciale, sinon qu'en 1942, il participa, comme des milliers d'hommes, au rassemblement de Gergovie, deuxième anniversaire de la création de la Légion.

    Lorsqu'il fut question de remplacer le maire par une délégation spéciale et de révoquer l'instituteur, tous deux communistes, Monsieur Bost était contre ce changement autoritaire. L'instigateur de cette action était Emile Desoyard, un instituteur public aux idées proches de celles d'extrême droite. A plusieurs reprises, celui-ci vint relancer Pierre Dubost pour qu'il accepte de faire partie de la délégation spéciale. Il refusa continuellement mais s'aperçut, un beau jour, qu'à son insu, son nom avait été mis sur la liste. Son erreur fut de ne pas démissionner.

    Un dimanche matin de septembre 1944, Dubost part à travers champs pour gagner l'église à l'heure de la messe. Surgirent soudainement chez lui une dizaine de maquisards particulièrement alcoolisés. Ils réclamèrent Pierre Dubost à la famille apeurée. Ce dernier, entendant le vacarme, fit demi-tour et se trouva face aux maquisards FTP du groupement Marceau.

    Tout le monde entra dans la maison. Les maquisards s'emparèrent de la machine à écrire et de l'argent liquide que Dubost avait sur lui. Ils embarquèrent ensuite Dubost et l'incarcérèrent dans une cabane de neuf mètres carrés près de la coopérative. A la sortie de la messe, les FTP prirent la fille aînée de Dubost ainsi que trois ou quatre femmes de Tréteau, à savoir Mesdames Deschamps, une institutrice classée à droite, Desbouis, Desoyard et une secrétaire de mairie. Ils leur rasèrent la tête, puis les conduisirent à la cabane où deux autres prisonniers avaient rejoint Dubost.

    Il s'agissait de Jacques Defaye, demeurant au château de la Motte-Vesset et Gervais Coin, marchand de grains. Le premier était capitaine de réserve d'aviation, chevalier de la Légion d'honneur, croix de guerre 1914-1918 et 1939-1940. Il fut arrêté par le maquis FTP à son domicile. Il était en sabots, revenant de son potager. Gervais Coin allait s'approvisionner à Saligny-Sur-Roudon, en zone occupée, de l'autre côté de la ligne de démarcation. Il utilisait pour cela un camion gazogène, et il en profitait pour passer, en fraude, des prisonniers de guerre évadés, des juifs et autres personnes fuyant l'envahisseur Allemand.

    Deux jours plus tard, les maquisards emmenèrent trois prisonniers, Dubost, Coin et Defaye, pour une destination inconnue. Peu après, les maquisards se présentèrent chez Dubost, réclamant du vin. Ils se servirent à la cave, puis lui prirent sa voiture, une 202 Peugeot. La famille fut payée dix ans plus tard, à la cote de 1939.... D'autres s'installèrent au château, qu'ils rendirent dans un état déplorable.

    Pendant un mois, les familles reçurent des lettres mal écrites, signées de l'un des trois prisonniers, réclamant de l'argent, des boissons. Madame Coin, durent plusieurs semaines, déposa des colis de victuailles chez Madame Goyon, coiffeuse à Varennes-sur-Allier, où on laissait entendre que ceux-ci parviendraient aux prisonniers. Il est acquis que ces derniers furent rapidement exécutés, au plus tard le 11 septembre, et sans jugement.

    A Deneuille, un chasseur prévint le maire qu'il avait remarqué une partie de corps humain sortant du sol. Il fut procédé à l'exhumation des trois corps, qui furent reconnus par les familles. Il apparut qu'avant d'être exécutés, ils avaient été maltraités puis dépouillés de leurs alliances, de leurs chevalières, de leurs portefeuilles, quand ce ne fut pas d'une partie de leurs vêtements. Rien ne fut rendu aux familles. Celles-ci récupérèrent les corps. Celui de Gervais Coin fut difficilement identifiable, atrocement martyrisé.

    L'épilogue se situe au 27 octobre 1954. Le tribunal militaire des forces armées de Lyon eut à juger les responsables de cette exaction. En raison de la loi d'amnistie et de leur situation d'hommes se trouvant sous commandement militaire à ce moment-là, ils furent amnistiés. Ils avaient été renvoyés devant cette juridiction pour "crimes, enlèvement et complicité".

    Ce fut le Comité Local de la Libération, et plus particulièrement le président, Pierre Leroy, communiste, qui couvrit les arrestations de Dubost, de Coin, et de Defaye. Malleret, Méchin et Desbois comparurent devant ce tribunal. Chanet était mort entre-temps dans un accident de la circulation. L'instituteur Bec avait battu le rappel de tous les communistes de Tréteau et des environs. Ils affrétèrent un car pour se rendre devant le tribunal afin de soutenir les accusés, et de faire pression sur les juges.

    Devant le tribunal, il fut confirmé que les maquis reprochaient à Dubost d'être membre de la délégation municipale et de la Légion des combattants. Monsieur Coin était suspecté de faire du marché noir. Quant à Defaye, c'était un châtelain, et l'une de ses connaissances aurait volé la statue de Marianne à la mairie, et retourné contre le mur le texte de la Déclaration des droits de l'Homme. A l'heure de la libération, ce fut l'application, dans ce qu'elle avait d'outrancier, des directives du parti communiste. Les veuves Coin et Dubost touchèrent une pension de veuve de guerre jusqu'à leur mort.

    Plus de soixante-dix ans après les faits, aucune preuve de collaboration n'a été apportée à l'encontre de ces trois hommes. Tout laisse à penser qu'il s'est agi d'un règlement de comptes et, pour au moins deux d'entre eux, d'une exécution de notables en application des théories communistes. Defaye, arrêté en même temps que Coin, fut condamné par la chambre civique de l'Allier, siégeant à Moulins le 06 mars 1945, à cinq ans de dégradation nationale et à la confiscation du cinquième de ses biens. Il fut accusé d'avoir chassé avec des Allemands sur ses terres.