ygrande

    historique

    Superficie de 5271 ha - Altitude de 237 à 344 mètres - 775 habitants environ.

    Ygrande est un carrefour routier important où, dès la préhistoire, une tribu nomade s'installa près d'une fontaine du nom de la Grand-Font (photo ci-dessous). D'ailleurs, de nombreux outils préhistoriques ont été découverts sur le territoire de la commune, démontrant l'ancienneté du peuplement. Ygrande est un nom d'origine gauloise ou celtique que l'on retrouve sur les frontières des territoires des peuples gaulois. La toponymie permet également de retrouver l'implantation romaine. Une partie de ces domaines survivent aux invasions barbares, mais sont grandement transformés.

    L'évolution de la propriété sous les Mérovingiens, puis sous les Carolingiens, est à l'origine de l'apparition de la seigneurie féodale. La féodalité aboutit à la constitution de six fiefs sur les terres de la paroisse, dont les demeures sont encore visibles. Le château de La Forest est le plus important, mais le mieux conservé est celui de Pontlung. Au XIVème siècle, les habitants sont pour la plupart des métayers. Il ne reste que peu de traces écrites, mais le village voit le passage des Anglais pendant la Guerre de Cent Ans. Il souffre également du pillage au XVIème siècle pendant la Ligue, ainsi que de la Fronde. Cette période voit alors l'essor de la bourgeoisie. Le village ne subit la révolution que par des dénonciations, et le Premier Empire entraîne des levées de troupes.


    Ygrande est connu grâce à Emile Guillaumin, écrivain militant pour la reconnaissance des paysans au début du XXème siècle. C'est son village natal où il vit le jour en 1873, et où il mourut en 1951. Il y passa donc toute sa vie. Il fut la sage d'Ygrande, grand humaniste, journaliste et romancier. Il devint également syndicaliste pour défendre les droits et dénoncer la condition misérable des paysans (voir article plus bas).

    Camille Gagnon (1893-1983), autre écrivain Ygrandais, de formation juridique, s'illustra par ses recherches sur le folklore de sa région d'origine. Il en livra les coutumes, le langage, les chansons, le costume, sous forme de plusieurs ouvrages illustrés.


    Roland Passevant (1928-2000) se distingue dans le journalisme sportif, et fut aussi l'auteur de plusieurs ouvrages concernant le sport et la politique. Une place lui a été dédiée au centre du bourg (photo ci-dessous), lieu de départ de notre circuit.

    les mottes et chapelles d'ygrande

    La motte de Grand-Font a été arasée en 1686. A cette date, ce vestige appartenait à Jeanne Bourdier. Trouvant sans doute ce monticule encombrant et inutile, elle traita avec deux journaliers pour qu'ils aplanissent les lieux. L'histoire du château de la Grand-Font, probablement château primitif d'Ygrande est inconnue. Il est possible que la basse-cour de la motte s'étendait vers le sud, où se distingue un vaste tracé quadrangulaire de 500 m de long sur 375 de large, recouvrant la partie sommitale du plateau, et notamment le point culminant de la butte Saint-Martial (photo ci-dessous) qui pouvait s'intégrer dans cette structure. Cette dernière s'appuie sur le point d'eau, indispensable pour l'alimentation des fossés, et sur la hauteur, capitale pour la défense et l'observation lointaine. Grand-Font passe pour la partie la plus ancienne d'Ygrande. Le hameau est entouré d'un tracé voyer circulaire dont le centre est légèrement surélevé, correspondant à la motte détruite en 1686. L'emplacement des fossés se remarque encore dans la prairie voisine, à des dépressions de terrain, bien visibles.  Le lieu-dit "Saint-Martial" (chapelle détruite) n'est pas sans évoquer la fonction "militaire" du site.

    Entre les Grands Mallais et Saucereux, sur le rebord de la terrasse du ruisseau de Villesavoie, à la parcelle dite du Grand Salaudin, une boursouflure de terrain paraît bien être une motte (photo ci-dessous). Elle mesure 40 m sur 30 m, et 5 à 6 m de haut, mais a subi des modifications par suite de labours. Des pierrailles d'apport, notamment des grès rouges sur son flanc, pourraient être des restes d'une construction médiévale. Tout à côté, s'étend un vaste site gallo-romain. Des réemplois, un écusson réutilisé sur linteau, au domaine des Mallais, témoignent d'un ancien manoir qui a dû succéder à la motte proche.

    Dans le champ voisin de la motte de Verfeuil, au nord, des mouvements de terrain ruiniformes laissent à penser à l'existence d'anciennes constructions. L'étang d'alimentation des fossés existe encore. Sous celui-ci, on peut apercevoir une deuxième motte circulaire plus basse, d'une quarantaine de mètres de diamètre, à surface plane, et dont les fossés bien marqués étaient alimentés par les eaux de l'étang et une grosse source. D'après la tradition, cette motte serait reliée à l'autre par un souterrain, et serait celle du château. C'est probablement faux, car elle est en fait la partie basse, soit la basse-cour, par rapport à la motte de la chapelle qui a dû supporter le donjon primitif. De cet ensemble castral, dont les assises marquent encore le terrain, seuls subsistent une chapelle (photo ci-dessous), de construction tardive, et un vieux puits carré dans une haie.

    La chapelle Sainte-Anne, ci-dessous, cernée de fossés, est édifiée au XVIIème siècle sur la motte de l'ancien château de Verfeuil. Elle comporte une nef unique et une abside en hémicycle. La porte de la façade est surmontée d'une accolade stylisée. Elle renfermait au XIXème siècle trois statues en bois de sainte Anne, de saint Antoine et de saint Martin.

    La chapelle saint Roch, ci-dessous, est la seconde chapelle isolée de la commune. Elle est également bâtie au XVIIème siècle dans un style néo-roman, et certainement élevée par les mêmes bâtisseurs que ceux de la chapelle sainte Anne. Fermée par deux ventaux de bois à pentures, elle est plafonnée de bois. Cette chapelle était encore, voici une vingtaine d'années, utilisée comme oratoire et, chaque année au mois de juin, de jeunes fidèles venaient à pied de Bourbon-l'Archambault pour se recueillir avant leur communion solennelle. Les Ygrandais ont manifesté une grande dévotion à ce saint Patron invoqué contre les maladies et les épidémies. Une messe était dite le 16 août jusqu'à la Belle Epoque pour écarter les fléaux.

    émile guillaumin

    Emile Guillaumin naît dans un milieu paysan qui conditionne son oeuvre. Il débute sa carrière par la poésie, puis soutient le syndicalisme agricole et écrit des romans où les travaux agricoles apparaissent tels qu'ils sont, durs. Il prend position en faveur des paysans et fait partie du premier syndicat de métayers fondé en 1904. Des manifestes, violents, sont autant de preuves de l'engagement de l'écrivain auprès des acteurs de la vie rurale. Ci-dessous, sa maison devenue musée.

    Il ne quitta son village natal que pour effectuer son service militaire, et durant le premier conflit mondial. Il sera très tôt attiré par la lecture et la poésie. En 1886, il est reçu premier du canton de Bourbon-l'Archambault au certificat d'études.

    Bien que n'ayant passé que cinq ans à l'école primaire, il débuta très jeune en littérature en publiant des recueils de poèmes, de billets patoisants et des articles dans les journaux progressistes. Il rédigea plusieurs romans et essais dans lesquels il décrit les moeurs villageoises de son époque.

    En 1904, la publication de "La Vie d'un Simple" fut un évènement à la fois littéraire et sociologique qui obtint plusieurs voix au Prix Goncourt. Pour la première fois, un paysan accédait à la littérature et consacrait un roman à sa propre culture. La littérature à thème paysan était déjà développée en Europe à partir de la fin du XVIIIème siècle. Le roman rustique est un genre qui traverse différents courants littéraires: romantisme (George Sand) et réalisme (Maupassant, Zola). Cependant, leurs descriptions du monde rural restaient extérieures et sacrifiaient souvent à des poncifs.

    Mobilisé comme "territorial" durant les quatre années de la guerre sur le front d'Alsace, il adresse chaque jour plusieurs lettres tant à sa femme qu'à ses amis, dans lesquelles il décrit la rude vie des soldats, leurs espoirs ou leur moment de détresse. Il continue à écrire et à publier toute sa vie, se disant "paysan homme de lettres". Paysan sur trois hectares de terre aux "Vignes", Emile Guillaumin s'investira très tôt dans une démarche syndicale active, et s'efforcera de démontrer l'importance des regroupements pour faire connaître et respecter les droits des paysans.

    Il sera secrétaire d'un des premiers syndicats de métayers, la Fédération des Syndicats des Travailleurs de la Terre, fondée en 1904. De 1906 à 1911, il sera rédacteur en chef du journal "Le Travailleur Rural", bulletin de la Fédération des Syndicats d'Agriculteurs de l'Allier. Il rédigera aussi des centaines d'articles de presse militants. Cependant, circonspect à l'égard des partis politiques, son seul engagement sera le syndicalisme. C'est probablement cette indépendance d'esprit et la clairvoyance de ses analyses qui lui valu d'être dénommé le "sage d'Ygrande" par ses contemporains.

    petit patrimoine

    La commune, connue pour son agriculture, est dotée d'un poids public dont le petit abri est caractéristique avec ses chaînages de blocs de grès taillés et ses parements de brique. Les rampants de la toiture sont soutenus par des consoles de bois sculptées. La porte d'entrée est surmontée d'un bandeau de grès où est indiqué l'usage du lieu.

    Comme dans toutes les provinces de France, les deux guerres mondiales laissent à la commune un monument commémoratif pour les hommes morts au combat. Sur la place principale du bourg se dresse une oeuvre originale, se présentant sous la forme d'une colonne tronquée.